Lamia Dei, Commune cum Me

Cette courte nouvelle a été écrite par A. A. Morain, alias Ryan Fleming, fondateur de l’Alliance Drakonique.

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Lamia Dei, Commune cum Me

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Sur le plancher du grenier d’une maison morne et délabrée, nichée au coin d’une rue anglaise humide et encombrée d’herbes folles, un homme ensanglanté se tient à genoux devant un parchemin portant un sceau hideux, peint avec son propre sang.

L’unique lumière provient du plafond, mais la lampe d’origine est depuis longtemps remplacée par une ampoule d’un rouge cru, recouverte d’une fine étoffe noire, un éclairage qui baigne d’un pourpre sinistre la pièce déjà enténébrée par la présence d’imposantes bougies noires.

Les murs sont couverts de dessins représentant de baroques et étrangères créatures, esquisses d’horreur jadis disparues, révélées durant les heures calmes du sommeil – des créatures qui ont traversé les rêves de l’individu solitaire avec la férocité aiguë de bêtes sauvages, apportant avec elles d’horribles connaissances, dont certaines étaient désirées, d’autres non.

Dans un coin de la pièce se trouve un gramophone poussiéreux, duquel s’échappent les craquements d’un vinyle répétant inlassablement une interprétation de Tiptoe Through the Tulips — une scie qui ajoute une dissonance exaspérante à cette scène feutrée et sanglante, faisant gravir d’un échelon supplémentaire la folie s’étant emparée de l’esprit de l’individu.

La silhouette solitaire est couverte de coupures et d’ecchymoses provoquées par les coups répétés d’un martinet métallique, avec lequel l’homme se frappe fanatiquement le corps, faisant gicler des gouttelettes luisantes de sang sur les murs alentours, ainsi que sur les croquis montrant des horreurs sans yeux, déjà teintés de cramoisi et seuls témoins de ses actes impies.

Un chant bas et monotone s’échappe de ses lèvres, un chant destiné à attirer l’attention de ceux qui observent peut-être son acte de dévotion Sinistre.

Au-dessus du parchemin sur lequel est tracé un sceau — révélé en songe grâce à des auspices vampiriques — se trouve un tétraèdre de quartz maculé de croûtes sanglantes, attestant de la répétition de ce rite macabre, au cours des trois derniers jours.

Lentement, l’air dans la pièce s’est fait plus rance et plus froid, légèrement plus chargé aussi. Une odeur de pétrichor commence à s’insinuer dans les narines du flagellant. Il sait qu’ils arrivent.

Sur le mur en face de lui, une obscurité veinée commence à s’étendre, telle une tache d’humidité, rampant régulièrement jusqu’au plafond. Avec elle, sa conscience se fane et il sent son corps se faire distant et s’engourdir. L’homme regarde vers le bas et aperçoit alors son dos nu, courbé en raison de sa posture agenouillée ; il peut constater les crevasses infligées par son instrument favori, baptisé dans son propre sang et auquel il a donné un nom — Azanigin.

Désincarnée de son enveloppe physique, la silhouette solitaire regarde vers le mur et distingue trois entités ténébreuses, le regardant en silence. Leurs robes en lambeaux et leurs silhouettes squelettiques ne témoignent d’aucune trace d’humanité. Elles dégagent quelque chose d’intensément effrayant — et l’homme est à présent saisi d’une terreur bien réelle qui le paralyse. La silhouette qui se trouve au centre, considérablement plus grande que ses deux assistants et dont la capuche s’élève à une hauteur majestueuse, étend une griffe souple et l’attire à elle ; celui-ci sent alors le souffle de cette créature sans âge — une puanteur repoussante et morbide. S’élève alors un bourdonnement fort et constant, semblable aux bruits parasites d’une radio, et celui qui a appelé ces Maîtres ascensionnés commence à disparaître, s’effaçant dans l’oubli.

L’homme se réveille, épuisé et anémique, la main crispée sur un stylo : le parchemin devant lui est couvert de signes qu’il déchiffre lentement, tout en essuyant le sang coagulé.

Trois mots sont écrits dans une langue qu’il ne comprend pas.

Le gramophone s’est tu. La lumière de l’ampoule est morte, remplacée par celle de l’aube.

Un vent léger disperse les feuilles tombées sur les marches de la vieille demeure.

A. A. Morain, 126yf

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« Lamia », illustration de Louis Breton gravée par M. Jarrault, Dictionnaire infernal, Collin de Plancy, 1818.

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