Ordo Sinistra Vivendi - Philosophie & Rituels [1] | Rat Holes

Ordo Sinistra Vivendi – Philosophie & Rituels [1]

L’Ordo Sinistra Vivendi est une organisation religieuse fondée au milieu des années 1990 en Nouvelle-Zélande, se décrivant comme un Ordre ésotérique guerrier embrassant à la fois les voies de la main gauche et de la main droite, sous l’appellation “Voie Sénestre”. Ses influences initiales étaient la philosophie de Nietzsche, le mythe littéraire de Faust ainsi que la philosophie d’Oswald Spengler. Sous la direction d’H. Baynes l’OSV se rapprocha de l’Ordre des neuf angles.

Nous rappelons que ce document est donné à titre informatif et que les idées développées ne sont pas forcément cautionnées par les administrateurs de ce site, ni par les autres rédacteurs. Nous invitons, une fois de plus, les lecteurs à faire preuve de recul et de sens critique.

Un grand merci au traducteur de ce texte.

Mel

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Première partie – La philosophie de l’Ordo Sinistra Vivendi

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Sinistra Vivendi

La façon dont l’occultisme occidental perçoit les Voies de la main droite et de la main gauche repose sur une incompréhension. En Occident en effet, cette dernière provient de l’intériorisation par l’inconscient collectif de la croyance zoroastrienne/judéo-chrétienne au dualisme moral, c’est-à-dire à l’opposition de deux forces antagonistes, le bien et le mal.

Il en découle une véritable scission, non seulement dans l’inconscient collectif, mais aussi à l’intérieur de chacun, à la différence de ce que connaissent les représentants des cultures païennes vivant en accord avec la nature perçue comme une totalité.

Ce sont les occultistes occidentaux qui ont séparé les Voies de la main gauche et de la main droite, la première représentant le mal (au sens moral du terme) et la seconde renvoyant à ce qu’il y a de « bon et spirituel » en l’humain. La signification originelle des deux voies est différente :

– la Voie de la main gauche correspond à l’anima, au Yin – le principe féminin de l’univers, à la fois intuitif, ouvert et ténébreux ;

– la Voie de la main droite, elle, se réfère à l’animus, au Yang – le principe mâle, lumineux, ordonné par la logique et tourné vers l’action.

En tant qu’elles symbolisent les principes à l’œuvre dans la nature, ces deux voies ne peuvent être réduites à une simple dualité morale : elles constituent des polarités différentes et interagissantes. L’équilibre est atteint lorsque l’individu ou l’inconscient collectif d’une culture donnée intègre simultanément – comme une totalité cohérente – l’anima et l’animus au lieu de les opposer.

L’Orient a représenté ces polarités complémentaires dans le symbole taoïste associant le Yin et le Yang (☯) et où chacun contient le germe de l’autre. Jung a recouru aux notions d’anima et d’animus dans le cadre de sa psychologie analytique en vue de les réunir plutôt que d’en exclure un(e) et, ainsi, de créer un individu complet, une personne équilibrée. Ce processus d’individuation est comparable à l’accomplissement de l’Adeptat par les occultistes.

Une divinité gnostique, Abraxas, incorporait les deux polarités, au sujet de laquelle Jung écrivait : « Abraxas est le soleil et, dans le même temps, la gueule éternellement aspirante du vide… Son pouvoir est de nature double, mais vous ne le percevez pas, car, à vos yeux, le conflit des contraires qui le constituent s’est éteint.

La parole du dieu solaire est vie, celle du démon est mort. Abraxas prononce quant à lui ce mot sacré et maudit qui est à la fois la vie et la mort.

Dans le même geste et le même verbe, Abraxas engendre la vérité et le mensonge, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, d’où il ressort qu’Abraxas est terrifiant. Il est aussi splendide que le lion s’abattant sur sa victime. Il a la beauté d’une journée de printemps. Il est l’abondance qui cherche à s’unir au manque. Il est l’amour et le meurtre de l’amour. Il est le saint et celui qui le trahit. Il est la lumière du jour la plus éclatante et la démence la plus sombre.

Dieu se tient derrière le soleil et le démon réside dans la nuit. Ce que Dieu porte à la lumière, le démon l’absorbe dans le noir. Mais Abraxas est le monde : son devenir et son trépas. Le démon jette sa malédiction sur chaque don prodigué par le dieu solaire. Toutes vos supplications adressées à ce dernier provoquent une réaction du démon. Tout ce que vous créez avec l’aide du dieu du soleil renforce le pouvoir du démon.

Le terrible Abraxas est ainsi. Les charmes de la Terre et la cruauté des cieux. Devant lui, il n’y a pas plus de questions que de réponse. » [1]

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Satan

La Voie sinistre fait sienne la nécessité de restaurer l’équilibre par le conflit (l’hérésie), de créer en détruisant.

L’archétype le plus connu en Occident de l’opposition à la stagnation et au conformisme est Satan, nom d’origine hébraïque qui signifie « adversaire » et « accusateur ». Un tel archétype se retrouve probablement dans toutes les cultures en tant qu’image de la marche de l’univers.

L’univers fluctue constamment ; bien loin d’être un cosmos ordonné et prévisible, il s’organise sur un mode chaotique. Ce fondement de toute évolution est qualifié d’entropie par la physique. Nombreuses sont les cultures à travers le monde qui le représentent sous la forme du serpent qui se mange la queue – le Créateur et le Destructeur de toutes choses.

En Orient, le Tantrisme fait de la déesse Kālī l’expression du principe entropique. Elle est la force motrice de l’univers cependant que le dieu Shiva reflète l’ordre cosmique. Le Tantra affirme que « sans Shakti [2] (Kālī), Shiva n’est qu’un cadavre ».

Dans la cosmologie germanique, Loki, Fenrir, Surt, Garm et le Serpent du monde incarnent les forces entropiques qui anéantissent l’ordre ancien au cours de la bataille du Ragnarok. De ce cataclysme naissent un nouveau panthéon, une nouvelle Terre et une nouvelle humanité. Envisagées de cette manière, les forces sinistres catalysent le changement et, sans elles, ne régneraient que la stase et la mort.

Le poète William Blake le disait de la façon suivante : « Sans contraires, il n’y aurait pas de progrès. Attraction et répulsion, raison et impulsion, amour et haine – tous sont nécessaires à l’existence humaine. Ce que la religion appelle le bien et le mal jaillit de ces contradictions. Le bien est la passivité soumise à la raison, le mal, lui, surgit de l’impulsion. » [3]

Pour le philosophe Paul Carus, « en introduisant le trouble dans la société, malgré tous les inconvénients qu’il présente, Satan fait évoluer et avancer le monde. Il est la figure tutélaire du progrès, de la recherche et de l’inventivité. Galilée et d’autres hommes de science furent perçus comme ses rejetons et c’est à ce titre qu’ils furent persécutés par l’Église.

Le démon est le père de tous les génies incompris. Il engendre les pensées et les actions originales. Il est le mécontentement qui empoisonne nos cœurs, mais conduit fréquemment à la découverte de solutions inattendues et plus efficaces. » [4]

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La Voie sinistre

En Latin, le mot « sinistre » signifie « ce qui est à gauche » et désignait tout ce qui allait à l’encontre de la norme et des conventions. L’Ordre de la Voie de la main gauche [5] emploie donc le terme « gauche » pour marquer clairement qu’il reconnaît l’entropie comme force motrice de l’univers, en opposition à l’état de stase, et s’inscrit dans le cadre général des Voies de la main gauche et de la main droite, de l’anima et de l’animus.

La Voie de la main gauche se dresse face à la stagnation et au déclin qui en résulte. Elle encourage le renouveau et la revivification. Elle dénonce ce qui réprime et étouffe l’évolution, que ce soit au nom de dogmes moraux, religieux ou politiques. En un mot, elle est l’hérésie.

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Le pentagramme

Le symbole de l’Ordo Sinistra Vivendi (OSV) est composé d’un pentagramme dont deux pointes sont orientées vers le haut et à l’intérieur duquel est représentée une tête de bouc. Il est entouré du Serpent cosmique qui s’auto-dévore.

Le pentagramme comprenant le bouc illustre la dimension charnelle de l’humanité : l’homme conçu comme animal, partie intégrante de la nature, soumis aux lois de cette dernière, et non espèce distincte ainsi que les religions le professent.

En lui-même, le bouc est la puissante représentation d’une créature individualiste et non grégaire. Les Chrétiens eux-mêmes utilisent une image similaire pour décrire la partition de l’humanité entre, sur la droite, le troupeau d’agneaux chrétiens et, à gauche, les boucs non-conformistes. On le retrouve également chez le dieu grec Pan, le Créateur et le Destructeur de toutes choses, mi-homme mi-bouc.

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L’animalité de l’homme

À l’instar du Judéo-christianisme, les dogmes contre nature postulent une séparation radicale entre l’homme et son milieu. À l’opposé, le Satanisme soutient que l’homme fait partie de la nature, qu’il est un animal comme les autres, dont les motivations sont inscrites dans les gènes – ce que des sciences modernes comme la génétique donc, mais aussi l’éthologie et la sociobiologie confirment. L’instinct demeure primordial quel que soit le degré de rationalité dont l’homme fait preuve ou ses efforts pour juguler ses passions par la religion, etc. L’intellect n’est qu’un outil subordonné à l’instinct et ce dernier est primal et inné. Le système limbique, partie la plus primitive de notre cervelle, parfois appelée « cerveau reptilien », dicte toujours notre comportement dans une large mesure : la science moderne affirme que c’est bien dans ce système que nos choix trouvent leur origine. La conception satanique de l’humain repose donc principalement sur le déterminisme génétique, en vertu duquel un individu ne pourra jamais aller au-delà de ce que ses gènes lui autorisent ; a contrario, il lui sera toujours possible de se mouvoir en deçà de son potentiel héréditaire s’il est écrasé par des influences extérieures contraires à sa nature véritable (sa Volonté véritable ou son Soi le plus élevé) – des dogmes religieux par exemple. Des névroses, ou pire, en résultent généralement.

Le Satanisme révèle la vraie nature – la Volonté véritable – de l’individu que les Grecs de l’Antiquité appelaient physis et le philosophe satanique Friedrich Nietzsche, Dépassement de soi.

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L’éthos satanique

Le Sataniste s’affranchit des liens du dogme, il manifeste ce qu’il EST. L’homme satanique, cet animal dont la force vitale bouillonne, est l’antithèse des nihilistes autodestructeurs que les pseudo-satanistes prétendent être pour justifier toutes leurs faiblesses congénitales.

Quelle espèce animale consomme des drogues et de l’alcool au point de se détruire ? Quel animal s’empoisonne délibérément ? L’homme est le seul à le faire, fort de sa « conscience » prétendument « plus élevée » et bafouant les plus sains de ses instincts animaux.

En quoi consiste donc le mal ? – il est ce qui nous affaiblit ; et qu’est-ce que le bien ? – ce qui endurcit, pourrait-on résumer en paraphrasant Nietzsche.

Qu’en est-il alors du code de conduite du Sataniste authentique ? À en croire les pseudo-satanistes, il ne consisterait à faire que ce dont on a envie, sans considération des éventuelles conséquences – en bref, se comporter en sociopathe. À l’inverse, nous affirmons que le Sataniste dispose d’un code de l’honneur personnel qui se déploie sur la base de sa conviction intérieure. Une fois encore convient-il de rappeler néanmoins que les gènes sont le fondement de tout instinct : un criminel récidiviste sera toujours un criminel indépendamment des efforts de « réhabilitation » visant à changer sa nature profonde et un benêt le demeurera, quel que soit le montant investi dans son « éducation ». Une personne intérieurement honorable réagira à une situation donnée en concordance avec ce que son instinct lui intime. Pour agir dignement, un Sataniste peut se dispenser de la peur de Dieu et être indifférent à la perspective de récompenses et punitions divines : sa conduite lui est dictée de l’intérieur, non de l’extérieur.

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Notes :

[1] [NdT] Il s’agit d’un extrait du second des Sept sermons aux morts (Septem sermones ad mortuos).

[2] [NdT] Mot sanskrit signifiant littéralement « force » ou « puissance ». Il renvoie à l’énergie féminine et à plusieurs déesses comme, outre Kālī,  Pārvatī, Durgā, Lakṣmī ou Sarasvatī ; le Tantrisme l’associe à la  Kuṇḍalinī.

[3] William Blake, Le mariage du ciel et de l’enfer (The Marriage of Heaven & Hell).

[4] Paul Carus, Histoire du Diable et de l’idée de Mal (The History of the Devil & the Idea of Evil).

[5] [NdT] Order of the Left Hand Path (OLHP) – il s’agit de l’ancien nom de l’Ordo Sinistra Vivendi. L’emprunt sans aucune adaptation des textes du premier par le second témoigne de leur forte continuité doctrinale (voir appendices).

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