Entrevue avec Sylvain Dousset | Rat Holes 1

Entrevue avec Sylvain Dousset

Par Melmothia

Bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à cette entrevue. Pour commencer, pourrais-tu nous dire quelques mots de ton parcours artistique et professionnel ? J’ai lu que tu avais fait une belle école (Angoulême) et une brillante carrière plutôt diversifiée : infographie, jeux vidéo, bande dessinée, etc.

Bonjour : -) J’ai fait un bac option Art, l’école des beaux arts d’Angoulême et une formation en infographie au CNBDI d’Angoulême. Ensuite j’ai travaillé d’abord dans la communication, puis très vite dans l’industrie du jeu vidéo pour différentes sociétés françaises en tant que graphiste et directeur artistique/créatif. En 2004, j’ai fait la partie graphique d’un livre illustré + cd-rom, intitulé Mekamemorie, sur le thème des cyborgs et sciences-fictions cyberpunk, en collaboration avec un écrivain, un programmeur et des musiciens.

Comment t’es venu l’idée du Pandemonium et que peux-tu nous dire de ce charmant bestiaire ?

Demon41_DrujJ’ai commencé à dessiner les Démons en 2008, à la suite du décès de mon père, qui a mis fin à ses jours à la suite de circonstances tragiques.
 Au départ, je griffonnais juste des chimères dans un carnet, plutôt basées sur l’iconographie de l’Hermétisme alchimique et très vite, sans que je m’en rende vraiment compte, les Démons ont remplacé les Chimères. 
Au début, tu en fais un, probablement parce que cela te permet de sublimer ta souffrance, et puis un deuxième, un troisième, etc., au bout du dixième, tu te rends compte que ton carnet se remplit de Démons, qui naissent sous la pointe de ton crayon, sans nom, sans fonction ni croquis préparatoire, tout se fait à main levée, sans y penser.

Du coup, ton Ego s’en empare et veut « faire un truc avec », alors tu l’écoutes parler et tu te dis : pourquoi pas, quitte à faire une série de Démons, autant mettre un minimum de structure et de forme dans l’affaire. C’est là ou tu commences à mettre le nez dans les « grimoires », les bestiaires démoniaques et autres compilations, pas ceux écrits par des auteurs de fictions, mais les « vrais », les trucs « sérieux », écrits lors des siècles passés par des gens qui prenaient ça littéralement, ou en tout cas le prétendaient.
 Internet devient vite ton meilleur ami, il n’y a rien ou presque, qui ne lui soit inaccessible, si tu sais comment chercher.

Donc voilà comment commence cette « aventure », puis au fur et à mesure que je lis et compile les documents, livres et sites web relatifs à la démonologie, je décide de me concentrer sur les ouvrages que je trouve les plus intéressants à mes yeux : 
Le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, 
Le Lemegeton et sa Goetia, le Clavicula Salomonis, le Pseudomonarchia daemonum/ De Praestigiis daemonum et Incantationibus ac Venificiis de Johann Weyer.

L’ouvrage est sous-titré « Petit Manuel d’Exorcisme – Pratique du combat quotidien sur le chemin de l’éveil », or tes démons ont cela d’intriguant qu’ils sont à la fois drôles et effrayants – donc fascinants. Des traits que l’on trouve déjà dans les grimoires classiques. Ce triptyque d’adjectifs, drôles effrayants fascinants, correspond-il à l’idée que tu te fais d’un démon ?

Non.

(silence… rires).

11659222_1084320888249536_851236049592281993_nEn fait, le graphisme est un parti pris artistique précis : Je voulais trouver un graphisme qui puisse prétendre posséder un côté médiéval, un côté 18e siècle et un côté « BD » actuel.
 Je dirais donc que mes Démons sont supposés paraître à la fois grotesques et effrayants, comiques et sérieux en même temps, rappeler à un niveau plus ou moins conscient la fusion de ces trois époques distinctes en un style cohérent. Le choix de tes mots « drôles effrayants fascinants » est donc très pertinent.

Personnellement, l’image que je me fais d’un « Démon » n’a rien de drôle ni de fascinant. 
À mes yeux, les démons sont censés être ce qui se fait de plus vicieux et maléfique en la matière, ça n’a rien de très réjouissant.
 Cela serait, pour moi, l’image incarnée de la terreur absolue, mais ça n’est pas le choix graphique que la part de créativité intuitive qui règne dans mon cerveau a effectué.

Et d’ailleurs, c’est quoi un démon ?

Bon, nous parlons ici de Démonologie issue de la religion chrétienne, spécifiquement, puisque j’ai fait le choix de me cantonner à ce sujet, sans chercher à aborder tous les types de Démons ou entités démoniaques que l’on retrouve sous différentes formes dans toutes les civilisations du Monde.


Dans ce contexte, un Démon est donc supposé être un être réel, ange déchu, transformé en monstre maléfique dont la mission serait de pervertir les âmes des humains dans le but de les détourner du chemin de Dieu, le Père, pour ensuite les torturer dans les flammes de l’Enfer jusqu’au jour du jugement dernier.

Personnellement, je vois ça plus comme une métaphore où les démons seraient la représentation visuelle des « virus neuraux », eux bien réels, produits de la somme des souffrances vécues par chaque être humain de la naissance à la mort. Ce sont toutes ces « voix inférieures » qui chuchotent dans nos têtes et agissent sur nos conditionnements « psycho-émotionnels », nous poussant à constamment réagir de façon négative et autodestructrice pour les plus sains d’entre nous et de manière perverse et maléfique pour les autres. Je les nomme donc « virus neuraux » ou « Psychodémons », mais les anciens les ont toujours appelés « démons intérieurs ».

Bien sûr, je n’en sais rien, je ne me prononce pas de façon catégorique, c’est simplement mon opinion.

Il y a une troisième version où les démons seraient de simples serviteurs de Dieu, chargés non pas de pervertir, mais simplement d’éprouver, de tester notre Foi, notre volonté, nous permettant, pour peu qu’on en exprime le désir réel, de nous améliorer, de nous forger dans le feu de l’action/épreuve/challenge, afin de nous donner les moyens de nous élever spirituellement en suivant le chemin juste.
 J’aime bien cette idée.

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Est-ce que la spiritualité joue un rôle important dans ta vie ? Et dans ton art ? Et, si oui, quelle serait ta définition / approche personnelle de la spiritualité ?

Oui, la Spiritualité joue un rôle primordial dans ma vie au quotidien. 

Dans mon art, il suffit de regarder ma production pour voir que les ténèbres et la Lumière sont présentes. Les cyborgs et les monstres sont une symbolisation, un exutoire, une sublimation de ma souffrance psychique, ce que je nomme « les ténèbres ». Les petits personnages rigolos et mignons étant naturellement l’autre côté. 
Je travaille actuellement à fusionner les deux pour valider un style qui soit définitivement et sciemment orienté vers la Lumière et l’Amour, au sens universel.

 Quant à mon approche personnelle de la spiritualité, elle passe par un chemin solitaire, loin de toute forme de religion, de groupe ou de sectarisme, un chemin basé sur :

1-la connaissance par l’apprentissage du savoir sous toutes ses formes.


2-la maîtrise, par la pratique empirique, de l’intuition et la paix intérieure.

3-le désir conscient et la volonté active de faire les efforts et les sacrifices nécessaires afin d’accomplir ce que les alchimistes nomment le « grand œuvre » ou « V.I.T.R.I.O.L », ce qui concrètement, consiste à se libérer totalement de son conditionnement socioculturel afin, une fois « déconstruit », de pouvoir se « reconstruire à l’endroit », libéré de toute forme de « ténèbres ». 
Suivant les cultures, ça prend le nom de « nirvana », « satori », « grâce », « communion », « éveil », « illumination ».

 Bon, je n’ai pas fini, il reste du chemin à faire, je n’ai pas encore tout compris et c’est souvent plus facile de se vautrer que de progresser, mais j’y travaille : – )

Tu sais que cette entrevue est destinée à être publiée dans un webzine de sensibilité « Left Hand Path » ? Que penses-tu de ces gens qui, plutôt que d’exorciser les démons, s’obstinent à les inviter à dîner ?

Demon53_SatanOui, j’aime cette forme « d’humour karmique » ou je me retrouve chez les « diablotins » alors que je me situe totalement de l’autre côté. C’est amusant. 

Pour ceux qui prétendent invoquer réellement les démons et faire commerce avec eux, même si mon but n’est pas d’offenser qui que ce soit, je ne peux m’empêcher de trouver cela comme la marque d’esprits faibles, corrompus et déséquilibrés. Du simple point de vue de la raison pure, ce type de comportement ne tient pas la route une seule seconde, et ce suivant un raisonnement logique très simple:

– celui qui fait commerce avec le diable et ses serviteurs reconnaît implicitement l’existence de Dieu.
- Si tu reconnais l’existence de Dieu, tu reconnais implicitement que ton âme est immortelle et éternelle et que par conséquent, ce ridiculement court passage sur terre, comparativement à la notion d’éternité, n’est qu’une épreuve pour tester et valider ta Foi en ton Créateur.
- Qui donc, dans ce contexte, peut être assez IDIOT pour vouloir échanger son âme immortelle et éternelle contre des satisfactions matérielles pour le temps d’une vie terrestre, sachant d’autant plus qu’après c’est direct dans le barbecue du maître des enfers, jusqu’au jugement dernier, qui, si tu as bien lu la Bible, se résume à : le diable est libéré des enfers, son règne ne dure que mille ans, ensuite il est définitivement vaincu et toutes les âmes corrompues sont DÉFINITIVEMENT détruites.

Après, j’ai bien sûr conscience qu’il y a aussi la catégorie, plus ou moins inoffensive, des branleurs qui font ça pour se donner des frissons ou se donner un genre et celle, bien plus perverses et dangereuses, des malades mentaux qui participent à des rituels sataniques organisés, pratiquant viols, pédophilie, tortures, meurtres et cannibalisme, dans le but bassement matérialiste d’assouvir leur soif de pouvoir et leurs besoins sexuels déviants. 
Ces derniers devraient être, à mon avis arrêtés, jugés et emprisonnés afin qu’ils ne puissent plus jamais nuire à personne.

As-tu déjà participé à des rituels magiques ? Oui / Non / Joker / « c’était pas moi, monsieur le juge » ?

Non, je n’ai jamais participé à des rituels sataniques ni même des rituels de magie blanche.

D’un point de vue technique, comment sont réalisées les œuvres du Pandemonium ?

Chaque dessin est réalisé au crayon de bois et encré avec un stylo bic, c’est un outil que j’affectionne particulièrement, le tour des personnages est réalisé avec un feutre noir.
 La feuille est ensuite scannée et colorisée et retravaillée avec différentes textures avant d’être mise en page, tout ça sur un logiciel de retouche d’images.

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La question qui fâche : pourquoi l’ouvrage n’est pas encore disponible ?

Arrrhhh… :)
 En 2009, ayant suffisamment avancé sur le projet, j’ai envoyé des dossiers à diverses maisons d’édition et les réponses ont toutes été négatives.
 J’ai ensuite eu des changements de vie assez importants et le projet est parti dans un carton.
 Je comptais l’y laisser dormir pour toujours, puisque mon chemin est désormais celui de l’Éveil spirituel, mais épisodiquement, il y a des gens qui me contactent pour m’en demander des nouvelles. 
C’est pourquoi j’ai créé une page FB pour les mettre en exposition.
 Ayant plusieurs autres projets en cours ou en tête, celui-là ne fait pas partie de mes priorités à moins que la providence n’intervienne pour me montrer le chemin.
 Bon, concrètement, il y a aussi le fait que je bloque sur l’écriture des textes et je n’arrive pas à me décider sur la mise en forme finale du bouquin.
 Peut être ai-je tort et peut être devrais-je le finir et trouver un éditeur, je ne sais pas.
 Qui vivra verra ?

Merci, Sylvain Dousset d’avoir répondu à ces questions. En conclusion, voilà mon démon préféré dans ton Pandémonium. Tu peux m’en dire quelque chose ? Son caractère, ses goûts artistiques, ce qu’il mange ?

Stolas fait partie de la haute hiérarchie démoniaque. Il est supposé être un Grand Prince des Enfers, possédant sous ses ordres un minimum de 26 légions infernales composées de démons mineurs et de sous-entités démoniaques.
Ceux qui l’invoquent pensent qu’il leur enseignera, entre autres sujets, l’astronomie et la connaissance des plantes et des pierres précieuses, alors qu’en fait sa mission infernale est d’empoisonner le coeur et l’esprit des humains en les amenant sur le terrain de la fausse connaissance, là où règne la jalousie, la pédanterie, la vanité, la prétention et l’étroitesse d’esprit.
Comme tous les démons, il se délecte de l’énergie négative créée par les émotions de frustration, de peur, d’envie et de rage impuissante qu’il suscite chez ceux qui subissent ses tourments.

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Le site internet de Sylvain Dousset 

La page Facebook dédiée au Pandemonium.

Entrevue avec Sylvain Dousset, par Melmothia, 2015. ©, Merci de ne pas reproduire ce texte sans autorisation.

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