Entrevue avec Litanie | Rat Holes 2

Entrevue avec Litanie

Des groupes de Black Metal sonnant old school, il s’en trouve des brouettes entières chez tous les dealers de Metal Obscur, squattant les rues de l’underground international. Parfois la came est agréable, parfois chiante a mourir, et d’autres fois, certains albums, malgré leur parti-pris classique pour ne pas dire traditionnel, sont des shoots jouissifs. C’est le cas de ce premier album du groupe Litanie. Une œuvre ponctuée de touches malsaines, concoctée par un duo français, qui nous propulse dans des paysages véritablement dérangeants, comme si Litanie s’adonnait à de curieux mélanges ésotériques dans des caves peu fréquentables. Formé en 2010, le groupe sortira l’année suivante une première démo en split CD.R, en compagnie de Desolation, intitulée Cadavres ; puis en 2013, son premier album In Nomine Humana, Tenebris, chez Unlight Order Productions. F. Gryp et F. Desolation ont accepté de répondre aux questions de Melmothia et M.N.Z., pour le site Rat Holes. Nous allons enfin savoir ce qu’il se passe derrière les murs…

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M.N.Z. : Pourriez-vous nous présenter Litanie ?

F. Gryp : Litanie est initialement un projet musical, étant ensuite devenu quelque chose de beaucoup plus vaste. J’ai voulu créer Litanie afin de trouver des réponses à mes questions sur les origines de l’Homme et plus largement sur les origines de l’existence de toute chose. En cela, ce fut un moyen de recherche spirituelle à part entière, ce qui amena Litanie à ne plus être seulement de la musique, comme je le disais au départ.

Les personnalités qui me suivirent au tout début de cette expérience ne se sont pas investies comme je le désirais, par volonté ou par manque de compréhension de l’essence du projet, ce qui entraîna leur départ. Et dans un même temps, je croisais le chemin de F. Désolation qui, attiré par ma vision et ma patte musicale, n’hésita pas à intégrer pleinement l’entité de Litanie à la basse, lui apportant ce qui lui manquait, ce que je n’avais pas réussi à exprimer jusque-là.

Tout ce partage, cet apport spirituel que nous avons acquis durant ces années, nous deux, servit de liens très forts pour donner à l’aspect terrestre de Litanie, autrement dit la composition, un caractère intemporel et purement aliéné. Nous sommes conscients que Litanie peut déranger, et nous aussi par la même occasion, mais ceux qui comme nous, recherchent la vérité, savent que le chemin emprunté n’est compris et perçu seulement par celui qui l’arpente. Et il y a autant de chemins que de pèlerins.

Litanie fait partie de nous et nous aide dans notre quête de la vérité.

Melmothia : Pourriez-vous expliquer ce que vous entendez par « spiritualité » ? Un système de croyances ? Une religion ? Un cheminement psychologique ? La quête d’une réalité occulte ?… Et de quelle façon, selon vous, celle-ci est reliée à la musique ?

F. Désolation : De mon côté, je peux rapprocher cela de la quête d’une réalité occulte; et la musique, comme tout Art, est une passerelle entre cette réalité et la nôtre; elle permet ainsi de transmettre de manière “terrestre” des “messages”.

F. Gryp : Et bien, en fait je crois que la spiritualité est associée un peu à tout ce que tu dis en même temps, car dire de quelqu’un que c’est une personne « spirituelle » signifie qu’elle vit avec ce sens au quotidien, ses croyances ou sa religion, sa façon de penser (psychologie) et sa façon d’interagir avec l’invisible. Par exemple, qu’on le veuille ou non, une personne religieuse, ou simplement croyante, est déjà rattachée à la spiritualité dans le simple fait de porter en elle la conviction de forces supérieures invisibles et de vivre avec cette conviction ; elle n’est pas totalement terrestre, l’esprit bloqué dans les rouages de la matérialité, cette personne entrevoit autre chose.

Ensuite l’occultisme est pour moi l’exercice de cette spiritualité, la recherche et le travail sur ce que nous recevons en haut lieu. L’occultisme est un outil qui permet de traduire en bas ce que nous recevons d’en haut, c’est aussi simple que cela à mon sens.

Au passage, et pour développer un peu, je suis tombé sur une définition assez intéressante de l’occultisme de M. Jacques Grimault (un chercheur indépendant français ayant travaillé sur le documentaire « La Révélation des Pyramides », un documentaire et un personnage que je recommande grandement malgré les calomnies dont il est l’objet !), car lui-même dit avoir été bercé dans la pensée hermétique depuis son enfance. Il exprime donc ceci : « Un exemple d’une écriture qui nous vient du passé et qui n’est pas lue parce qu’on la rejette par principe, les Anciens, mon grand-père entre autres, appelaient ça la Kabbale Hermétique. Et bien, je vais donner le mot “occulte” : “occultus” en latin veut dire “caché”, mais pour cette catégorie de gens qui créent les mots, “o” c’est le glyphe du Soleil, un cercle avec un point dedans, “c’ c’est la Lune et c’est là que s’installe la polarité, la culture de la polarité, c’est ce que veut dire pour eux “occultisme” ». D’ailleurs ceux qui ont un peu étudié l’Hermétisme savent que le Soleil et la Lune sont les symboles célestes d’Hermès, sachant qu’il a été élevé au statut de Trismégiste (trois fois très grand) par certains ordres ou auteurs d’ésotérisme, il aurait été incarné également en Thot, ce qui permet d’enchaîner sur une autre citation de M. Jacques Grimault sur les anciennes croyances, notamment sur celles de l’Égypte : « La vraie leçon se situe verticalement […] à savoir que ce qu’on appelait “symbole” chez les Anciens, ce n’était pas un morceau de quelque chose que l’on coupe en deux, mais la relation entre les archétypes célestes et les reproductions de ces archétypes sur la Terre, c’est pourquoi il fallait, dans la mesure du possible, être aussi parfait que le ciel était parfait, c’est cela, selon mon idée, la base des religions anciennes et notamment des religions égyptiennes. »

Voilà, en mon sens, ce qu’est l’occultisme et qui me permet de dire que Litanie est un outil nous permettant de cultiver cette relation avec le « haut », c’est l’un de nos propres symboles sur la Terre.

M.N.Z. : Selon toi, l’art pourrait expliquer des choses que la science n’explique pas ?

F. Gryp : Les expliquer je ne pense pas, car la science est là pour donner à l’humanité entière ce qu’elle découvre, l’art est très personnel, ce qui en résulte en nous l’est aussi, le récepteur extérieur qui regarde, écoute, touche, respire, une œuvre est toujours unique, donc aura une perception unique; l’art n’est pas quelque chose de figé comme une formule mathématique. Je pense donc que l’art peut simplement percevoir ce que la science ne perçoit pas. L’art n’a aucune limite, il faut bien se rendre compte que les créations (non destructrices bien sûr) de tout temps ont permis à des hommes de comprendre l’irrationnel, et donc de s’élever.

M.N.Z. : Vos projets en cours et futurs ?

F. Gryp : Alors, si tu parles de projets au sein de Litanie, nous sommes en plein enregistrement pour un possible Split ou EP, tout dépend si nous arrivons à capter l’attention du groupe que nous visons pour un Split. Et nous enchaînerons comme d’habitude par ce qui nous sera inspiré, donc au moment où je t’écris, par rien.

Pour ce qui est de nos autres projets, Wintermoon est toujours en cours, mais nous travaillons dans l’ordre.

M.N.Z. : Quels sont les artistes (toute mouvance confondue) et les groupes Metal au sens large de notre hexagone qui attirent votre attention ?

F. Désolation : Eh bien, en ce qui concerne la musique, cela reste principalement la scène underground (Mayhem, Cultes des Ghoules, Portal, Umtakati, Sui Generis Umbra, Zero Kama, Ain Soph, Korpses Katatonik, etc.) Après il y a certains compositeurs/groupes contemporains auxquels j’adhère (je peux prendre l’exemple du compositeur allemand Karlheinz Stockhausen et notamment de son « Luzifers Abschied », des artistes italiens comme Fabio Frizzi ou des groupes comme Tangerine Dream) et des œuvres de musique classique comme la Symphonie Fantastique de Berlioz, The Dream of Jacob de Penderecki…. Et bien sûr j’ai toujours plaisir d’écouter de temps en temps du bon vieux Hard Rock. Concernant le Metal dans la scène hexagonale, celle-ci ne m’a jamais transcendé… (musicalement comme au niveau de la mentalité, car l’hypocrisie y règne majoritairement). Par contre, je pense que la scène Dark Ambient a du potentiel (là notamment je pense à Occulto Mortualia).

En dehors du registre musical, j’ai eu l’occasion récemment de pénétrer dans la « Demeure du Chaos » (de l’artiste Thierry Ehrmann) que j’ai trouvé intéressant.

F. Gryp : En ce qui me concerne, j’avoue ne pas avoir le courage de t’énumérer des groupes, je dirai juste que j’écoute beaucoup de choses différentes, je ne me cloisonne pas seulement au Black Metal, tout comme mon camarade, je suis tout autant touché par des groupes de Thrash, de Death, de Doom, de Dark Ambient, d’Ambient, d’Atmosphérique, de Heavy, de Hard, de vieux Rock.

Il y a bien longtemps maintenant que je ne me pose plus la question de ce qui m’influence, car je pense que tout m’influence et je préfère que ce mécanisme se fasse inconsciemment. J’ai d’ailleurs de grandes périodes durant lesquelles je n’écoute pratiquement pas de musique, parce que je n’en ressens pas le besoin, voire cela m’énerve et en vient à me dégoûter de ce que j’écoute. J’expliquerai certainement ça par le fait que très très peu de sorties me semblent transcendantes depuis quelques années, comme j’avais pu le ressentir lorsque j’ai découvert cet univers. Ce qui me pousse à enchaîner sur une partie de ta question, les groupes français qui attirent mon attention sont très rares, et pour tout te dire, je ne m’y intéresse pas du tout, car la plupart de ces groupes m’énervent. Je ne veux pas les dénigrer, car je ne pourrais jamais nier la qualité de certains, mais je déteste leur façon de composer et l’atmosphère qui se dégage de leurs riffs, même s’ils font très bien ce qu’ils font.

Et pour ne pas vouloir être trop hypocrite, leur mentalité fait partie de ce qui me répugne le plus dans l’humanité, tant pis pour ceux qui se sentent visés, qu’ils changent leur moutonnerie dissimulée derrière une fausse bannière sataniste, complètement obsolète et dénuée de culture religieuse, ils se sentiront alors peut-être un peu plus à l’aise avec ma critique.

M.N.Z. : Qu’entends-tu par dénuée de culture religieuse ?

F. Gryp : Et bien, entre ceux qui se disent satanistes pour suivre les copains sans même savoir ce que signifie “Satan”, ceux qui se le revendiquent par simple contestation des religions officielles, sans savoir ce qu’elles renferment réellement et ceux qui se le revendiquent en tout état de cause en niant l’existence de Dieu, justifiant leur pacte seulement par leur soi disant nature sombre et noire, j’appelle ça un manque de culture religieuse en effet ! Si seulement ils savaient où sont les vrais satanistes, ils changeraient d’opinions !

M.N.Z. : Puisque le satanisme a de multiples formes et dérives, c’est quoi, selon toi, un vrai sataniste ? (Si « vrai » et « faux » a un sens).

F. Gryp : « Satan » signifie « l’adversaire » et dans la Bible, le Christ dit dans Matthieu, Chapitre 12, Verset 30 : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Pour résumer, tous les hommes qui ne sont pas chrétiens, donc qui ne reconnaissent pas le Christ comme fils de Dieu, sont avec Satan. « Satan » n’est pas un nom en soi, c’est une caractéristique, il serait donc même plus juste de dire que les hommes qui ne sont pas avec le Christ sont « Satan », car « adversaires ». On comprend donc que du point de vue de la Bible, la majorité de l’humanité est sataniste n’est-ce pas ? Ce qui est ridicule bien entendu ! Et personnellement je m’octroie le droit de ne pas avoir à subir cette vue étriquée et purement manichéenne du monde. Ce qui régit tout ce qui fût, ce qui est et ce qui sera est bien plus complexe qu’une idée de bien ou de mal absolu et seulement absolu.

Il faut quand même prendre conscience que les véritables satanistes ne sont pas dans le milieu du Metal, ils ont de hauts rangs et ils préparent véritablement l’avènement de leur maître à coup de pactes de sang, de rituels de possession, de sacrifices humains. Je ne pense pas qu’un seul de tous les groupes de Metal extrême qui existent, tous genres confondus, fasse ce genre de choses. Alors, soyons sérieux et surtout honnêtes avec nous-mêmes. Entendre un type se dire « sataniste » m’exaspère !

Et pour finir, je suis désolé, mais ceux qui pensent qu’on peut être « sataniste » tout en rejetant la véracité de la Bible, l’existence de Dieu ou du Christ, sont profondément crétins. Satan est biblique et si l’on croit en son existence, on croit en la Bible, c’est de la logique pure, tant pis pour ceux que ça dérange !

Je précise que si j’ai cette vision du Satanisme, c’est parce que ce système de croyances est aussi vieux que la Bible et que cela n’a aucun sens de vouloir restreindre Satan uniquement à Satan. « Satan » est le nom que la Bible a donné à une entité qui existait déjà bien avant sous d’autres noms aussi différents les uns que les autres et cette entité avait certainement d’autres statuts, d’autres histoires que celles que la Bible lui prête. D’ailleurs je ne pense pas qu’en des temps reculés, cette entité se nourrissait seulement de sacrifices ou de simples prières humaines (encore faut-il que ce soit le cas), réfléchissons un peu… Il faut se demander sérieusement qui est ce « Satan » dont la Bible parle. Comme pour toute entité citée, étudions, cherchons au lieu de foncer tête baissée dans le mur de telle ou telle doctrine, car très sincèrement je ne pense pas que quiconque possède les réponses, si ce n’est ceux qui ne sont plus !

M.N.Z. : L’univers de Litanie, aussi mystérieux soit-il, m’évoque la nécromancie, est-ce quelque chose qui vous est familier ?

F. Désolation : Je n’aime pas trop répondre par une autre question, mais là il me semble important qu’avant d’aller plus loin sur ce sujet, tu puisses nous dire pourquoi cela t’évoque la Nécromancie…?

M.N.Z. : Un ressenti lors des écoutes… Libre à toi de rebondir ou pas.

F. Désolation : Ok… Et bien je vais juste répondre que notre relation à la « Mort » n’est pas en lien avec cette conception du monde occidental.

F. Gryp : Je pense que si tu as ressenti cela, c’est tout simplement parce que Litanie est un moyen pour nous de recherche, comme je le disais à la présentation du projet, et nous cherchons nos réponses aussi sur la Mort. Elle est aussi importante que la Vie, c’est pourquoi Litanie paraîtra toujours aussi morbide, que rempli de sentiments vivants.

Melmothia : Qu’entendez-vous par « conception du monde occidental » ? Et quels types de réponses sur la mort vous ont apportées vos compositions musicales ?

F. Désolation : Chez nous si je puis dire, la Mort est communément assimilée à de la peur, à la fin de tout… C’est un sujet tabou… Au final on regroupe les « morts » dans un lieu commun nommé cimetière (certains sont jetés dans une sorte de fosse à l’arrache si je puis dire), dont certains sont excentrés de tout et même près de poubelles. Au final ils ne font plus partie de nous, ils sont dans un sens rejetés et n’existent plus… On vit dans une société avant tout terrestre et finalement je me demande si la morbidité ne peut être assimilée à cela en fin de compte (en réponse au fait que certains ont qualifié notre œuvre de « morbide »).

Pour ta deuxième question, personnellement je n’y répondrai pas de manière écrite… L’œuvre de Litanie en est une réponse à mon sens. Je tiens juste à dire que pour certains nous sommes dans le bas astral, car nous n’avons pas cette barrière avec la Mort (qui, au final, est une étape vers une autre élévation)… Moi tout cela ne me parle pas… Le bien, le mal, le haut, le bas… C’est relatif à chacun… Nous sommes avant tout dans l’élévation spirituelle qui est la nôtre…

F. Gryp : F.Désolation a tout à fait raison, en occident, nous ne vivons pas avec les morts donc ni avec la Mort. En soit, le fait physique de vivre avec les morts peut paraître ridicule car un cadavre n’est qu’une coquille vide, mais il est quand même important de se confronter à cette sensation de vide pour se rendre compte comme 1+1 font 2 que la vie n’est pas dans la matière mais bel et bien dans autre chose d’immensément difficile à cerner parfaitement. Certains écrits Bouddhistes décrivent très bien la chose et l’argumentent avec une telle simplicité que la véracité de cela saute aux yeux ! Il est donc pour nous élévateur de nous être confronté à cela. On peut lire ce que l’on veut, philosopher là dessus, etc, mais il faut le vivre et le sentir pour l’admettre vraiment. Et ce n’est pas un simple fait de se confronter à des cadavres, à des morts, mais justement bel et bien à la Mort, la comprendre en partie pour l’accepter ! Et l’on voit bien qu’en Occident, nous avons très vite perdu dans l’histoire ce rapport là que d’autres peuples ont encore un peu partout dans le monde.

Le fait d’excentrer ses morts de notre quotidien, de notre civilisation, entraine le rejet du concept de la Mort, personne ne veut en entendre parler, et celui qui dit avoir besoin d’une relation avec elle est considéré comme un taré. Ces gens là donc n’admettent pas leur propre mort, le fait de disparaître un jour, ce sont eux les tarés. Memento Mori ! Il faut s’y confronter pour l’accepter, et pour moi, ne pas l’accepter, c’est ne pas accepter cette vie, c’est ne pas accepter que les choses sont ce qu’elles sont parce qu’elles doivent être comme ça et pas autrement. Et vouloir par tout les moyens s’émanciper de ça, comme certains occultistes essayent de le faire, c’est fuir devant l’inéluctable ! L’univers est régit ainsi, nous sommes des humains, pas des dieux, personne dans ce bas monde n’a le pouvoir de changer cela.

Mais pour répondre à ta deuxième question, je dirai que nous avons tout simplement eu des réponses de fond sur la Mort, comme je l’ai expliqué à l’instant, nous la considérons comme faisant partie d’un tout, du plan de l’univers, et que c’est donc une simple porte qui permet de passer de la matérialité à l’immatérialité. C’est juste la suite du chemin et ça en sera de même pour tous !

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M.N.Z. : F. Désolation, tu indiques avoir un grand intérêt pour l’occultisme des temps médiévaux (cf Occultwebzine), peux-tu développer cet intérêt ?

F. Désolation : J’ai commencé à m’intéresser à ce sujet lorsqu’étant jeune, je préférais aller à la bibliothèque (je pouvais y passer une journée entière), plutôt que d’aller me faire chier avec les autres. J’étais déjà intéressé par l’occultisme et il y avait un rayon de livres traitant de Démonologie, de Sorcellerie durant la période du moyen âge. La lecture de ces ouvrages m’a vraiment captivé et beaucoup plus marqué que d’autres ouvrages… Je pense que l’existence de l’inquisition médiévale, ce que cela a entraîné notamment par cette mise en évidence du « bien » et du « mal », a beaucoup joué sur cet intérêt. Après je le dis honnêtement, je n’ai pas une très grande culture sur le sujet et d’ailleurs je dirai que ce peu de culture n’a, en fin de compte, servi qu’à propulser/déterrer ce que je ressens par rapport à cela (et qui s’est développé ensuite par des expériences)… Finalement tout cet intérêt à une origine beaucoup plus ancienne qui, je dirai, n’appartient « qu’à moi »… Et je dirai également que Litanie en est un « témoignage ».

Melmothia : De quelle nature ont été ces expériences ?

F. Désolation : Principalement de nature onirique (j’emploierai le terme de « vision » et non d’onirisme à la Freud).

M.N.Z. : Quelque chose à dire, une vision, une opinion vis-à-vis de l’ufologie ?

F. Désolation : Alors, écoute, je vais faire comme pour l’autre question : je vais répondre par une autre question. C’est intrigant, j’aimerais que tu nous dises pourquoi tu introduis ce sujet ?

M.N.Z. : Pourquoi pas, ici tout est possible…

F. Désolation : La théorie des anciens astronautes est un concept intéressant…

F. Gryp : Je n’aime pas tellement ce genre de domaine, car cette étude se cantonne seulement aux soucoupes volantes, ce qui n’a franchement aucun intérêt, si ce n’est de faire passer une possible existence non terrestre pour une belle farce. Il faut toujours des vaisseaux, des petits hommes verts, et des flingues à rayons laser, c’est minable…

Si par ta question, tu voulais savoir si nous nous intéressons à d’éventuelles espèces évoluées hors de notre planète, je te dirais pour ma part que oui, mais c’est assez loin de l’idée que la plupart des gens s’en font parce qu’ils ne réfléchissent pas au-delà de ce qu’on leur apporte sur un plateau. Je vais juste exposer l’idée que les choses non terrestres ne sont pas obligatoirement matérielles ni visibles. Pour moi les énergies, les entités que l’on peut sentir ou voir par moment sont ces éventuelles espèces vivant hors de notre planète. Pour finir, tout comme F. Désolation, certaines théories, elles bien axées sur la matière, m’intriguent tout de même, je ne peux pas le nier.

Melmothia : Vous pensez donc, à la suite de certains auteurs modernes tels que Kenneth Grant, que l’au-delà des étoiles pourrait se confondre avec l’au-delà de la matière ? Autrement dit que les extra terrestres et les entités surnaturelles pourraient être de même nature ?

F. Désolation : Eh bien je vais continuer sur cette lancée… Suite à la lecture d’ouvrages comme les œuvres de Sitchin (notamment La douzième planète), Mes preuves, cinq continents témoignent, d’Erich Von Daniken, etc. Et suite à des recherches et à des expériences personnelles à travers des voyages et découvertes dans plusieurs pays, qui ont finalement plusieurs points en communs, notamment concernant leur cosmogonie… Suite également à des expériences occultes qui, au final, rejoignent cela… Eh bien oui, plus j’avance et plus ce lien entre extra terrestres et entités n’est pas impossible à mes yeux. Après, j’ai encore beaucoup à découvrir et à apprendre…

F. Gryp : Et pourquoi pas ? Je pense que cette idée n’est pas plus farfelue que les autres, voire moins, car de tout temps des hommes ont cru, ont eu une relation avec le divin, le céleste tout en observant des êtres, des objets particuliers qui n’avaient rien à faire dans leur époque, ni même tout simplement sur cette Terre, dans ce qui est connu habituellement. Toutes les anciennes civilisations décrivent leurs relations invisibles, mais aussi visibles et concrètes, terrestres avec des dieux qui ne sont pas tout à fait humains dans les descriptions. Certains dieux ont une biographie terrestre, alors qu’ils sont censés venir d’autres plans, comme Osiris que je prendrai comme exemple. Il est dit qu’Osiris partit un jour en voyage avec une grande flotte pour enseigner à d’autres peuples de la Terre ses connaissances notamment de l’agriculture, en laissant le contrôle de l’Égypte à Isis. Selon une version, il serait parti vers l’est, vers son pays d’origine ; Quetzalcoalt chez les Aztèques serait venu de terres orientales lointaines et inconnues, sachant qu’il apporta aux peuples amérindiens le même savoir qu’Osiris aux Mésopotamiens. C’est l’un des exemples de la vie d’Osiris, mais beaucoup d’autres exemples et pour beaucoup d’autres dieux, sont des preuves si je puis dire, d’une sorte de lien entre ce que nous pourrions appeler aujourd’hui les extraterrestres et les entités divines. Quant à savoir si ces êtres-là non terrestres, toutes natures confondues, auraient la possibilité de se matérialiser, se dématérialiser, s’incarner, se désincarner, etc. lorsqu’ils le souhaitent, tout comme essayer de savoir si l’au-delà des cieux se confond avec l’au-delà de la matière, comme tu le dis, eh bien personne n’a jamais apporté de preuve ou de « contre-preuve » irréfutable sur ces sujets. Mais gardons quand même en tête toutes ces données que nous avons héritées du passé et qui pourraient être des preuves, que ce soit en ce qui concerne les croyances des anciennes civilisations ou même les religions, qui consistent généralement en une nouvelle tournure de l’histoire originelle. Car il y a, à mon sens, la possibilité de faire une synthèse la plus juste possible (pas parfaite, car il nous manque justement beaucoup de paramètres à l’histoire de l’humanité) en recoupant toutes ces similitudes entre les divinités et les récits du monde entier qui se rejoignent étonnamment. C’est un travail considérable qu’il y aurait à effectuer, mais je pense qu’il serait important de le faire !

M.N.Z. : F. Gryp en parcourant une interview de toi, tu insistes beaucoup sur le rapport que tu as avec la nature, peux-tu nous dire ce qu’elle t’apporte de manière positive et de manière négative ?

F.Gryp : La Nature est, de mon point de vue, tout ce qui n’est pas l’Homme ni ses créations, donc les seuls éléments positifs auxquels nous sommes totalement soumis, n’en déplaise à la majorité des êtres humains qui ont la conviction qu’ils peuvent la contrôler et s’en émanciper en entraînant sa destruction aveugle. Ta question me semble particulière dans le sens où tu émets l’hypothèse que la Nature pourrait apporter quelque chose de négatif. C’est intéressant, car ma vision et ma relation avec Elle ne m’apportent que du bon si ce n’est qu’Elle me confronte à ma nature humaine. Lorsque je perçois la façon dont nous agissons en Son sein, je ressens un profond dégoût, une profonde haine pour notre espèce, et malheureusement, faisant partie de cette espèce, une profonde honte. Malgré ma nature humaine que je ne peux entièrement nier, car j’y suis soumis terrestrement (pour l’instant), je me sens tout sauf un humain. Je ne m’étalerai pas plus sur cette question, car c’est un sujet trop sensible pour que je puisse y répondre calmement, donc sérieusement.

M.N.Z. : Si cela ne te dérange pas, je vais rester sur ce sujet. Donc, comment remercies-tu ce que la « nature » t’apporte au quotidien ?

F. Gryp : Je la remercie simplement en l’aimant et surtout en la respectant.

Melmothia : Tu veux dire que la façon dont la nature nous éprouve et nous rappelle à notre mortalité est une confrontation nécessaire à notre évolution ? Tu penses l’être humain perfectible ? Faisant partie d’un tout ? Soumis à un karma ou à un but extérieur à lui-même ?

F. Gryp : Je pense oui en effet que c’est une confrontation nécessaire, déjà dans le simple fait de pouvoir admettre que nous ne sommes pas exactement de la même nature que le reste de la planète, toutes vies confondues. Nous avons des liens avec le reste, physiquement nous sommes faits des mêmes éléments, mais nous avons quelque chose d’autre.

Le fait même de se demander s’il faut respecter la nature et de quelle façon, est une preuve que nous sommes différents, les animaux et les plantes ne se posent pas la question, lorsqu’un chat chasse une souris, il n’hésite pas à la faire souffrir en jouant avec et avec son cadavre une fois qu’il l’a tué, parfois par simple amusement. Ça ne choque que les êtres humains, cette froideur que l’on peut observer dans la nature. Tout ça pour dire que de comparer notre nature avec le reste est nécessaire à l’acceptation de notre place dans l’univers. Alors cela ne permet pas de conclure que nous sommes supérieurs à la nature parce que si différents, loin de là, et encore moins parfaits, mais l’être humain est perfectible à son niveau, oui je le crois, parce qu’il a en plus des sens primaires, le sens du divin, que la nature n’a pas. Alors, elle aussi évolue à son niveau bien entendu, avec l’aspect mutation/évolution physique et biologique, mais nous sommes les seuls êtres terrestres à posséder ce sens du divin, de quelque chose qui vit au-dessus de notre tête.

Je pense donc, pour enchaîner sur ta dernière question à propos de l’humain soumis ou non à un but extérieur, là c’est clair ou alors nous sommes dans le faux depuis que des premiers hommes ont dessiné dans les cavernes et l’on suppose que toutes les croyances au fil des âges ne sont qu’imagination d’une espèce délirante.

M.N.Z. : Le Left Hand Path, cela vous parle ?

F. Désolation : J’en ai entendu parler après c’est tout. Personnellement je ne me rattache à aucun concept, je dirai, extérieur (cela ne m’empêche pas d’être interpellé par ce que certains mettent en avant). J’évolue depuis le début dans une voie précise et qui m’est propre, et si un jour je dois lui donner un nom, c’est qu’on me l’aura transmis…

F. Gryp : Tu parles des voies de la main gauche. Très sincèrement, ça ne m’a jamais attiré. Je vis mes propres expériences, je n’aime pas me fier à un quelconque mode de pensée qui voudrait poser des mots, une façon de faire sur des choses aussi importantes que le monde immatériel.

M.N.Z. : On est bien d’accord que les expériences personnelles sont les plus importantes, cependant des gens, des auteurs, des occultistes, des chercheurs on laissé des traces, alors que ce soit dans n’importe quelles mouvances, cultures, etc., LHP ou pas… Des codes et des clefs sont bien présents dans leurs études, donc avant d’avoir ses propres clefs, ne trouvez-vous pas intéressant de tester quelques clefs laissées depuis longtemps à notre disposition… ?

F. Désolation : Alors ce qu’il faut savoir, c’est que depuis le début, j’ai avant tout eu des expériences personnelles qui, au fur et à mesure, ont permis et permettent mon évolution. La pratique avant la théorie, car mes clefs, ce sont avant tout mes expériences et, par là, mon évolution qui me les donnent. Comme je l’ai dit, je m’intéresse à certains ouvrages et « concepts », car ils m’interpellent sur certains points… Mais c’est tout. Puis ce qui me gène dans un « concept », ce n’est pas forcément son origine ; car de nature spirituelle et je pense que certains « principes », « concepts » etc. peuvent éventuellement avoir des points communs et même ainsi avoir « un noyau » spirituel commun, mais que ces « concepts » là, étant donc anciens et d’origine spirituelle ont été transmis à une personne ou groupe de personnes et qui pour le coup les ont retransmis à d’autres, etc. bref ils ont été ballottés au fur à mesure, et pour caricaturer, je parlerai de téléphone arabe. Les interprétations humaines, volontaires ou non, dénaturent l’essence même du spirituel. Grosso modo, c’est comme si l’on décidait de créer un « concept » nous concernant, par nos expériences, par ce qui nous a été transmis. Je reste persuadé que si cela était transmis par la suite à d’autres personnes, le final serait différent du départ, donc faussé.

À la limite, je serai plus intéressé par le fait de rencontrer directement la personne qui a reçu tel ou tel savoir (ou alors, avoir l’ouvrage original écrit par la personne elle-même), plutôt que de me baser sur un ouvrage réédité, refait, interprété par un disciple ou je ne sais qui, qui au final va le mettre à sa sauce, etc.

Après, voilà, ma conception de l’occulte est ainsi, avant tout personnelle et innée, dans le sens où tu ne peux pas forger ton identité si je puis dire en te basant sur des bouquins écrits par d’autres, mais avant tout sur ta propre expérience. Je trouve dommage que beaucoup se disent dans l’occultisme et suivent une mode en ayant une connaissance approfondie de je ne sais quoi pour à la limite se la péter ou pour se chercher… (le « meilleur » c’est lorsqu’ils pensent capter l’essence du « concept » alors qu’au final ils réinterprètent ce qui a déjà été réinterprété), mais à côté il n’y a rien. Pour moi ce sont des imposteurs.

Et pour finir, je rebondis sur l’une de tes questions… Tester différentes clefs sans savoir si elles peuvent s’accorder, je dirai avec toi, est pour moi dangereux et sans intérêt… Ce n’est pas ma conception des choses.

F. Gryp : En effet, c’est toujours intéressant et intrigant de tomber sur des choses anciennes concernant l’occultisme, mais comme avec n’importe quelle information, il faut trier et surtout prendre ce qui nous correspond le mieux. Forcément, ces choses que nous avons lues, vues ou entendues nous auront parlé ou non, et ce que nous en aurons retiré nous permettra de forger nos propres clefs, comme tu le dis, ce serait mentir que de prétendre le contraire. Mais cela nous a surtout permis de réaliser ce qui était complètement ridicule et du domaine du simple folklore, flairer rapidement ce qui n’avait aucun intérêt sérieux, c’est-à-dire pas mal de choses ! Pour le coup, je pense que de s’être penchés sur toutes ces choses déjà mises sur papier, nous a surtout servi à nous créer l’état d’esprit dans lequel nous sommes, commencer notre recherche comme si nous venions de naître et que nous étions les premiers à nous poser ces questions.

M.N.Z. : Avant de conclure, Litanie possède sa propre Maison de production, permettant donc l’édition de vos œuvres : Litanie, Wintermoon et quelques productions comme du merchandising d’Aryos… Pouvez-vous nous parler de cette structure ? Son nom ? Son rôle ? Ses projets ?

F. Désolation : J’ai créé le label Unlight Order Productions en 2011 dans le but premier de produire mes projets de l’époque. Par la suite, financièrement ne pouvant gérer seul, comme tout le reste d’ailleurs, j’ai demandé à F. Gryp si il était d’accord pour rejoindre le label. Sa réponse a été positive et nous nous sommes mis à produire nos projets en commun. L’idée de produire par la suite d’autres groupes venait du fait qu’on trouvait qu’il n’y avait pas vraiment de label Underground en France et que ceux qui l’étaient finissaient par se faire bouffer par « l’Entité » du commerce. Actuellement le label est en stand-by prolongé. La raison est certes financière dans un premier temps, mais aussi personnelle, le coté « marketing », prise de contact, etc. ce n’est pas vraiment mon fort si je puis dire, donc ce n’était pas possible de continuer en ce qui me concerne.

M.N.Z. : Merci à vous pour cet entretien, je vous laisse donc le soin de conclure.

F. Désolation : Merci à vous !

F. Gryp : Suivez votre propre voie !

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