Entrevue avec Amduscias (Temple of Baal)

Fondé à la fin des nineties, le groupe Temple Of Baal n’a cessé d’abreuver la scène Metal d’œuvres de qualité, depuis des débuts caractérisés par des démos aux accents féroces, remarquées au sein de l’underground, puis un premier album en 2003, Servants of The Beast, intégrant des éléments Proto Black Metal. Après une période puisant davantage dans le Death, de 2005 a 2009, avec Traitors Of Mankind et Ligthslaying Rituals, Temple of Baal a signé en 2013 Verses Of Fire, un album plus sombre, posant d’une certaine façon les prémisses du très sénestre et occulte Mysterium (2015). Entre temps, le groupe a également sorti deux excellents splits, l’un avec Aosoth et l’autre avec Ritualization.

Melmothia et Napharion, intrigués par cette addiction Metallique qu’est Mysterium et par un groupe ce réclamant de la « scène occulte », ont pris l’initiative d’inviter son frontman à la table de Rat Holes, qui sans tabou ni mascarade, a accepté d’aborder les différents thèmes jalonnant le parcours de Temple of Baal, c’est-à-dire l’angle musical comme l’angle ésotérique, Amduscias ayant lui-même déclaré dans une interview : « chaque album de Temple Of Baal, de manière évidente ou non, est directement relié à l’ésotérisme »…

Napharion

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Melmothia : Bonjour Amduscias et merci d’avoir accepté cette entrevue. D’abord, sache que j’ai vraiment aimé votre dernier album, je suis donc curieuse de connaître plus en détail l’histoire du groupe, ainsi que vos expériences dans le domaine de l’occulte.

Pour attaquer par l’angle musical, Temple of Baal changé plusieurs fois de line-up et sorti 5 album en 10 ans, sans oublier les splits avec d’autres formations, telles que Sargeist ou Aosoth. Voilà qui témoigne d’une belle vitalité, surtout pour la scène francophone… Que peux-tu nous dire de ce parcours ?

Amduscias : Il est vrai que lorsque je regarde en arrière, j’ai du mal à me rendre compte que 18 ans sont passés. Je pense que c’est une affaire de passion et de sincérité. On ne continue pas aussi longtemps à jouer dans un groupe si l’on n’a pas la foi. Temple of Baal est l’un des groupes de Black Metal français les plus anciens en activité, mais nous ne sommes pas les seuls, d’autres groupes comme Merrimack sont toujours là et depuis encore plus longtemps que nous, mais je pense qu’ils te fourniraient la même réponse. Nous jouons assez peu en live par rapport à ce que j’aimerais, c’est sûr. Et faire mille kilomètres en un week-end pour jouer 45 minutes peut sembler absurde aux profanes. Mais nous sommes toujours là, parce que nous avons ce besoin d’exprimer, de hurler, de dégueuler cette espèce de sentiment indescriptible, ce mélange de foi, de dévotion, qui s’il n’est pas vécu, ne peut pas être expliqué. Le jour où nous ne le ressentirons plus, Temple Of Baal s’éteindra. C’est vraiment ce qui tient le groupe en vie malgré toutes les barrières que le destin met sur notre route. C’est un besoin, c’est la réponse à un appel… Par certains côtés et toutes proportions gardées, ça me fait penser à la vocation de prêtrise. Pour beaucoup de profanes, ça paraît totalement absurde, mais pour nous, cela a une importance capitale et c’est ce qui fait que l’on avance.

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Melmothia : Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ?

Amduscias : Nous sommes retournés au Hybreed Studios, avec Andrew Guillotin, chez qui nous enregistrons depuis 2009. Les morceaux ayant été composés, répétés et arrangés très en avance, en répétition et dans nos home studios, nous n’avons plus eu qu’à brancher nos instruments et enregistrer. Nous sommes habitués, depuis toutes ces années, à travailler avec Andrew, qui est à la fois un ingénieur du son doté d’une excellente oreille, un musicien (il est batteur) et un mec à la fois exigeant et très zen, très calme. Il est tout à fait capable d’entendre, lors d’une prise, si tu n’es pas au top techniquement, et ne va pas hésiter à faire rejouer la prise jusqu’à ce que ce soit parfait. Il peut même localiser à la seconde près un pain microscopique, qui ne t’avait pas sauté aux oreilles, mais qu’il est impossible de nier une fois qu’il l’a mis en évidence ! Comme à notre habitude, nous avons travaillé intensément, avec des journées dépassant allègrement les 12-14 heures, autant te dire qu’à la fin tu es vidé, mais c’est intéressant. J’aime l’idée de se pousser dans ses retranchements, j’aime que l’enregistrement représente un certain effort. La création paresseuse et confortable n’est pas intéressante.

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Napharion : Tu ne caches pas ton attirance pour l’occultisme, mais « attirance » et « occultisme » sont des concepts un peu vagues. Quels sont les thèmes qui te plaisent particulièrement dans ce domaine ? Et comment te qualifierais-tu ? Un passionné ? Un chercheur ? Un pratiquant ?

© by Photophobia Art 2015.
© by Photophobia Art 2015.

Amduscias : J’ai toujours senti, depuis l’enfance, une sorte de… d’intuition, disons, comme un « appel » vers un ailleurs, infiniment plus profond et complet que l’existence terrestre. Alors est-ce mon cerveau, mon inconscient insatisfait de son existence humaine qui a créé cet autre monde… ? Si ça se trouve, les rationnels ont raison et nous sommes tous fous, mais j’aime à penser que non. J’ai donc lu pas mal de choses pour me documenter, au fur à et mesure des expériences que je pouvais mener dans la vie courante. Il faut savoir que je suis issue d’une famille totalement athée, pour qui tout cela n’est que folklore et superstitions de grand-mère, je passe donc pour un rêveur ou un illuminé à leurs yeux, mais… Bah… Donc, chemin solitaire. En même temps, nous n’avons jamais renié la religion comme objet culturel, dirons-nous, et nous avions la Bible et le Coran à la maison, je les ai donc lus à une époque, peut-être pas entièrement, mais en grande partie… Et j’y ai trouvé des choses contre lesquelles je ne pouvais que protester. D’autres évidemment coulaient de source comme des règles de vie élémentaire (finalement la religion est aussi un moyen de contrôle de la population, n’est-ce pas), mais l’aspect dictatorial des dieux d’une part, l’aspect martyr du chrétien d’autre part, et la façon dont tout cela était mis en pratique ne me convenait pas. Quitte à choisir un camp, celui du Serpent me convenait bien mieux.

Un autre aspect qui a forcément joué est mon enfance en Égypte, où j’ai passé dix ans, grâce au travail de mes parents. Nous avons visité le pays de fond en comble, et les visions de dieux du panthéon de l’ancienne Égypte, les souvenirs de tombes et de temples, peuplent mes souvenirs. Les abysses de la Mer Rouge, également. Quand tu es gamin, cela t’ouvre une énorme porte vers l’imaginaire d’une part, vers la soif de comprendre cet univers d’autre part. En rentrant en France, j’ai pu évoluer vers d’autres chemins et me procurer des livres abordant divers pans de la spiritualité… Bref à mes yeux, je suis un peu tout ce que tu dis à la fois, passionné, chercheur, et pratiquant, mais à mon échelle, en solitaire.

Finalement je ne suis qu’un perpétuel élève, qu’un perpétuel novice, je cherche, je réfléchis, je médite, et j’extraie ce que je peux, ce qui me convient, de tout le foutoir occulte. Comme beaucoup, je pense. Je ne suis aucun maître, je n’ai pas de révélation à communiquer non plus, hors de question de m’ériger en pseudo gourou… Je cherche, je m’imprègne, et au bout du compte, cela inspire mes créations.

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Napharion : Tu te sens proche de courants / groupes / mouvements particuliers ? Certaines des pochettes du groupe affichent un pentagramme avec le Baphomet – et toi-même, il me semble que tu en portes un. Que représente ce symbole pour toi ? Un cliché de la culture Metal ? Une véritable religion ? Autre chose ?

Je porte un pentagramme inversé comme certains portent une croix, c’est pour moi le symbole de ce qui correspond le plus à ma spiritualité. Bien sûr c’est devenu un cliché et pour plein de groupes c’est une sorte de caution-evil. Pas mal de gens qui prétendent adhérer au satanisme n’adhèrent pas à grand-chose et se servent de ça pour justifier un comportement de racaille à coup de vandalisme, profanations ou autre, tout simplement parce que « c’est cool de faire le Mal », « do what thou wilt » etc., etc. Mais pour moi c’est juste un comportement puéril et ça n’a rien à voir avec ma vision de la chose, qui est absolument tournée vers l’occulte, c’est absolument irrationnel, en tous cas ça n’a rien à voir avec une quelconque dimension terrestre et « bassement humaine ».

Au niveau des courants dont je me sens proche, comme je te le disais, je ne suis aucun maître, je lis, je pioche, je construis ma voie. Bon forcément étant plutôt de tendance « voie de la main gauche », j’ai lu et relu les écrits de l’Order Of The Nine Angles, ceux du Temple Of The Black Light… J’ai aussi lu Anton La Vey quand j’étais jeune, comme tout le monde, ça m’a bien fait rigoler, je n’arrive pas vraiment à comprendre comment on peut adhérer à ça, maaaaaiiis bon. En fait, une fois en France, une fois que j’ai commencé à comprendre un peu plus de choses à ce que je ressentais, j’ai cherché à me documenter. À l’époque, il n’y avait pas le net ! Pas de clic droit-enregistrer sous ! Il fallait donc écumer les boutiques ésotériques et les bibliothèques, et se farcir bien sûr tout un fatras New-Age ridicule pour peut-être trouver LE bouquin intéressant. Alors évidemment, Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy, Dictionnaire du Diable de Roland Villeneuve, rien de bien occulte, mais ça faisait un peu réfléchir et ça stimulait l’imagination. Et puis j’ai fini par trouver d’autres choses, il y avait une petite boutique à St Michel, la Table d’Émeraude, qui a fermé depuis, mais qui vendait de vrais trésors. J’y ai chopé du Stanislas de Guaita dans de belles éditions, par exemple, et c’est là que j’ai eu mon premier contact avec Crowley, à travers les exemplaires d’Equinox traduits par Philippe Pissier. Oui, je sais, rien à voir avec le Satanisme, etc., nous sommes d’accord. Mais ça m’a vraiment marqué, et le contenu des livres de Crowley continue à me fasciner, c’est d’une richesse et d’une force incroyable. Bien sûr au début, je n’ai absolument rien compris, tu penses, à 19-20 ans et avec toute la naïveté de l’époque… Et puis j’ai lu, relu, re-relu, j’ai dévoré le Livre de la Loi et je dévore encore tout ça, en français et en V.O… En fait j’ai gardé de toutes ces années, toutes ces lectures, une curiosité et une ouverture d’esprit qui fait que, bien sûr, je fais du Black Metal avec tout ce que ça comporte, je reconnais Lucifer comme le porteur de lumière et de connaissance, je reconnais les dieux de la main gauche comme libérateurs, mais il y a encore plus que ça, et beaucoup de choses m’intéressent. Je refuse absolument le pseudo satanisme idiot qui se limite au « fuck Jésus Christ », en tout cas…

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Melmothia : Comme toi, j’ai connu l’époque d’avant internet, celle qui laissait le choix entre les soucoupes volantes batifolant dans l’Agartha de L’aventure Mystérieuse et Villeneuve avec tout son éventail de musées (des vampires, de l’érotisme, des brosses à dents…), etc., puis soudain l’apparition miraculeuse d’un média qui donnait accès à des textes pour lesquels on aurait sucé la queue d’un lépreux dix ans plus tôt. Avoir vécu cette transition me donne toujours envie de doucher au napalm ceux qui prétendent que c’était mieux / plus authentique avant. C’est aussi ton cas ? Et sur le plan musical, qu’est-ce qu’internet a réellement changé, en bien et en mal, selon toi ?

Amduscias : En fait, les débats « c’était mieux avant/c’est mieux maintenant » m’ennuient. Chaque époque a ses avantages. Avant, c’était différent. Maintenant, ça ne sera plus jamais pareil. Tout est à portée de main, tout est simple. Ça facilite beaucoup de choses, mais ça donne aussi accès à plein de trucs à un tas de gens qui franchement… Comment dire… En fait, l’accès immédiat à tout donne l’impression que l’on sait tout tout de suite. On a tout si l’on veut, mais qu’est-ce que le fait de posséder un bouquin si l’on ne le lit qu’en diagonale ? À quoi bon posséder tel ou tel enregistrement rare, si c’est pour l’écouter comme musique de fond en surfant sur internet ? Loin de moi l’envie de jouer les vieux cons, mais nous sommes dans une époque où l’accès à tout cela est trop facile, beaucoup de gens ne savent plus prendre le temps de faire les choses, de découvrir, d’apprivoiser, de s’approprier, de comprendre, de vivre. J’achète encore des CD, je les écoute plusieurs fois de suite lorsque je les reçois, en lisant attentivement les livrets dans tous les détails, comme je le faisais à l’époque où le téléchargement n’existait pas. J’ai toujours les premiers CD que j’ai achetés et je les conserve comme de vrais trésors. Idem pour les livres ! Lorsque nous lisions nos premiers textes ayant rapport avec l’occulte, nous tombions sur des noms, Crowley, Guaita, Lévi, Naglowska… Il n’était pas toujours facile de mettre la main sur ces livres à l’époque, d’autant plus que l’on ne roule pas sur l’or à 18-20 ans (bon, d’accord, ça n’est toujours pas le cas), alors lorsque l’on trouvait l’un de ces livres, on le lisait des centaines de fois, dans un état de concentration extrême. J’ai du mal à croire que ça soit le cas lorsqu’on télécharge un pdf que l’on lit sur un écran d’ordinateur ou une tablette… Et cela a donné toute cette légion de personnes qui l’ouvrent à tout bout de champ sur internet à propos de leurs formidables connaissances occultes auxquelles nous, pathétiques créatures n’accéderons jamais… Mouais. S’ils pouvaient mettre en pratique le mystère de la pendaison… (C’est de l’humour, hein, kids, don’t try this at home…) Le problème aujourd’hui est que comme tout est facilement accessible, les gens ne perçoivent plus l’importance, la dimension « sacrée » je dirais, de l’accès à la connaissance. Ils ont l’impression qu’une lecture ou une écoute suffit à faire le tour d’une œuvre alors que dans la plupart des cas, une vie ne suffit même pas…

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Napharion : Votre nouvel album est une pure addiction de Metal sombre, ponctué de « réflexions » occultes. Pourrais-tu nous en dire davantage sur l’axe thématique des textes ?

Amduscias : Je vois les textes de cet album comme des prières d’adoration aux dieux de la main gauche, en particulier à Lucifer que je reconnais comme le pourvoyeur de la Connaissance, cachée à l’homme dans un premier temps par un dieu dictatorial. Évidemment, le chemin vers la connaissance n’est pas sans sacrifice. Celui qui emprunte cette voie est vu au mieux comme un illuminé, au pire comme un fou… La voie vers la connaissance est à mes yeux un chemin solitaire, et on pourrait voir les créations de Temple Of Baal comme une sorte de « journal » du parcours que je suis, au travers de mes lectures et expériences diverses.

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Napharion : Tu nous dis donc utiliser ta main gauche, mais la droite alors ?

Amduscias : Évidemment, comme tout le monde, je suppose ! Cela dépend de ce dont j’ai besoin à l’instant T.  Les mecs qui jouent les « grands mages noirs ultra evil qui ne sont là que pour faire le mal pour la grande gloire de Satan », je n’y crois pas une seule seconde.

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Melmothia : Vos textes sont en effet de véritables prières et/ ou invocations. Avec ta permission, j’en traduirais d’ailleurs volontiers un ou deux pour nos lecteurs qu’ils pourront utiliser dans leurs rituels. Précédemment, tu parlais de « journal » de ton parcours. Est-ce que tu invoques lorsque tu chantes ? Où est-ce que tu rapportes tes expériences ? Ou les deux ?

Logotempleweb_400x400Amduscias : Un peu des deux. Ce ne sont pas non plus de réelles invocations, enfin disons que les conditions d’un concert de Metal ne sont pas vraiment celles d’une pratique magique, hein. Cela me permet, dans certaines conditions, d’accéder à un état de conscience différent, une sorte de transe, à laquelle je fais souvent référence dans mes textes lorsque je parle du « vide » (« The Void », que l’on retrouve tout au long de la discographie de Temple Of Baal, dans les paroles des morceaux.) Je me sens alors tout à fait détaché du monde réel, en communion avec cet ailleurs sur lequel encore une fois il est difficile de mettre des mots humains. C’est cette communion que je recherche depuis le début du groupe, et qui survient parfois, lorsque les circonstances s’y prêtent.

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Melmothia : Allez, une question qui picote : depuis quelques années, les groupes de Black Metal ne peuvent pas sortir un album sans exprimer leur intention de casser la gueule au démiurge pour la plus grande gloire du Chaos. Les textes de Mysterium laissent penser que vous avez mis un pied dans la soupe. Quel est ton point de vue sur ce tournant gnostique pris par le satanisme ? Une mode ? Un apport d’air frais (ou brûlant) ? Et comment l’articules-tu avec un satanisme, disons plus « traditionnel » et/ou avec l’eczéma anti « magien » de l’ONA ?

Amduscias : Pour ma part cela correspond à une étape de mon chemin vers la connaissance. Je suis incapable de te dire si demain j’explorerai toujours cette voie, cela dépendra de ce que je rencontrerai. La gnose est un support formidable à la méditation, et donc à la création. Je n’irai pas beaucoup plus loin dans ma réponse d’un point de vue personnel : comme je te le disais, je garde une grande humilité vis-à-vis de tout ça. J’explore, je découvre, je réfléchis, je peux me planter, je suis humain, mais tout cela m’inspire et alimente ma création artistique, au final. Parfois il faut juste se contenter de cela, c’est déjà très bien ! Quant à la mode, oui, elle est là, elle existe, depuis le Reinkaos de Dissection et ce qui a suivi. Comme d’habitude, dans le tas, il y a beaucoup de beaux parleurs, et seulement quelques personnes sincères, le tri se fait au fil du temps.

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Napharion : Et dans tes lectures du Temple Of The Black Light, tu retiens quoi de bon ?

Amduscias : J’ai apprécié le sérieux de la démarche, une certaine approche méditative qui me convenait assez. Ensuite, je dois avouer que cela fait longtemps que je n’ai pas lu leurs textes. Il faudrait que je m’y replonge. Aujourd’hui, j’ai du mal à dégager un aspect en particulier qui m’ait marqué. C’est la globalité de la démarche que j’ai trouvé intéressante, même si j’ai également perçu ses limites, car finalement la réponse à toutes les questions posées par cette organisation ne semble être apportée que par la mort.

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Melmothia : Parmi les expériences magiques et mystiques que tu as pu vivre, quelle est celle qui t’a le plus marqué – si tu acceptes d’en parler ?

Amduscias : Il y en a eu plusieurs, certaines paraîtraient anodines, mais elles étaient tellement fortes au moment où je les ai vécues. La création de Temple Of Baal a été consécutive à une nuit où une puissance s’est adressée à moi en rêve, en m’expliquant que j’allais former ce groupe, qui porterait ce nom, et qu’il s’agirait pour moi d’une tâche sacrée, qui me conduirait sur des chemins parfois ardus, mais que j’en retirerais un bénéfice sans commune mesure.

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Napharion : et la plus flippante ?

Amduscias : Une expérience de plusieurs jours en Italie, vers mes 18 ans, pendant lesquels les diverses manifestations d’une présence non humaine, non physique, et à première vue assez néfaste, qui ne voulait clairement pas de nous dans les murs de la maison. Trois jours sans sommeil ou presque. On était tellement désorientés à la fin à cause des privations de sommeil qu’on se demandait si ce n’était pas juste nous qui avions pété les plombs, mais les choses qui se passaient sous nos yeux ne pouvaient pas être le fait d’hallucinations.

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Napharion : Avec le recul que penses-tu de vos débuts ?

J’écoute toujours nos premières œuvres, et je pense qu’elles correspondaient parfaitement à l’air du temps, où il fallait vraiment mettre un coup de balai à toute la scène qui évoluait vers un Black Metal gentil et inoffensif. Il fallait remettre en place les choses, revenir aux bases, à Bathory, à Darkthrone, à la glorification du Démon. Bien sûr quand j’écoute notre démo que je lis les paroles, avec le recul cela me fait un peu sourire. C’était naïf et vraiment basique, mais encore une fois, à mon sens, c’était nécessaire. Nous jouons d’ailleurs « Slaves To The Beast », du premier album, à chacun de nos concerts et j’aimerais bien dépoussiérer « Black Unholy Presence »… On verra ce que l’avenir nous réserve !

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© by Photophobia Art 2015.
© by Photophobia Art 2015.

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Napharion : Le milieu du BM a énormément changé ces 20 dernières années, au point de véritablement se scinder en plusieurs tendances, surtout ici, en France, où les groupes semblent s’être éloignés du Metal occulte (même fantaisiste) au profit de revendications sociales, politiques… Quel regard portes-tu sur cette évolution ?

Ri-di-cule. S’il n’est pas tourné vers l’occulte, le Black Metal n’est pas du Black Metal. Je rejette absolument tout dogme politique dans le Metal, en particulier lorsqu’il s’agit du Black. D’ailleurs s’il faut être précis, le fascisme ne m’intéresse pas. Je n’ai pas rejeté une religion que je considérais comme oppressive pour me tourner vers un système dont le but est de restreindre ma liberté. Alors musicalement il y a parfois de bonnes choses, mais le message délivré, pour moi, n’a absolument rien à voir avec le Black Metal tel que je le conçois. C’est la même chose avec certains courants occultes d’ailleurs. Dès que ça dérive vers des considérations politiques, je prends mes distances…

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Napharion : Justement, au niveau de l’actualité et sans entrer dans des considérations politiques de comptoir, tu portes quel regard sur les conflits internationaux, religieux et le chaos général que subit notre planète au nom d’un dieu… ?

Amduscias : Tout ça n’a rien d’étonnant. C’est navrant tout de même de se dire que l’on en est encore là en 2016, mais pas étonnant. Le monde traverse une crise : Le nord est en perte totale de repères, le chômage de masse est installé (s’il n’est pas carrément entretenu), les idéologies sont mortes, le christianisme est has been et rien ne l’a remplacé : Il n’y a plus vraiment d’espoir pour un jeune aujourd’hui, plus rien en quoi croire, il n’y a plus de transcendance non plus. Dans cet univers sans réelle perspective, l’extrémisme religieux apparaît comme un refuge pour certains, et il est renforcé par un vernis identitaire. Le clash semble inévitable : Au Sud, la croissance de la population, la mainmise des extrémistes et là-bas également, le chômage, tout cela entraîne forcément une migration des populations vers le nord. Sauf qu’au Nord, nos pays sont également bien trop touchés par le chômage pour permettre un quelconque espoir. Mais ça, il y a vingt-cinq ans, on savait très bien que ça arriverait, quand j’étais gamin en Égypte on en parlait déjà. Au futur, mais on en parlait. Ça semblait inéluctable, et je pense que ça l’est, de toute façon on y est. Comment cela va-t-il évoluer… La situation actuelle est un putain de bourbier. Ajoutons à cela l’expansion de l’islam radical, le djihad, le terrorisme… C’est assez facile de fanatiser un jeune qui tourne en rond, au chômage, en perte de repères. Il s’accroche à une image forte. La propagande des islamistes radicaux répond à ce besoin. Image forte, valeurs fortes, visage dur, désignation d’un ennemi (en l’occurrence, l’occident) et ça marche, les mecs sont heureux d’aller se faire sauter. Je pense que de l’autre côté, la montée de l’extrémisme de droite chez les jeunes répond exactement aux mêmes besoins, et avec peu ou prou les mêmes techniques. Image forte, visage dur, désignation d’un ennemi. D’un côté comme de l’autre, on est exactement dans un mécanisme sectaire.

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Napharion : Tu sembles être une personne très éclectique musicalement, cette année quelles sont les formations musicales non Metal qui t’ont touché ?

Difficile à dire ! Je suis tellement plongé dans le Metal ces derniers temps que j’en oublie parfois le reste, en tous cas pour ce qui est de l’actualité. À tort, je sais, d’autant plus que comme tu le dis, je suis effectivement très ouvert musicalement. J’ai fait des études de musicologie et mon métier est en lien direct avec ça alors tu sais… J’écoute aussi bien de la musique classique que du Jazz ou du Rock, de la musique médiévale que du contemporain complètement barré. Je vénère Mozart et Beethoven depuis mon plus jeune âge, je voulais être chef d’orchestre quand j’avais 5 ans, on était dans les années Karajan et je trippais totalement sur ce chef, j’aime Machaut, Janequin, je suis allé voir Platée de Rameau à l’opéra il y a peu, en ce moment je me fais un trip Rossini… J’adore Schoenberg, je vénère Gyorgy Ligeti, je me tape régulièrement des trips Miles Davis, John Coltrane, je me ressource en écoutant Brassens ou Boris Vian, j’écoute du Blues, du Rock progressif… Tellement de choses, mec, je vais t’épargner une liste fastidieuse. Et au milieu de tout ça, il y a Darkthrone, Morbid Angel et tout le Metal… J’ai grandi en écoutant du classique et du Jazz, j’ai découvert le Rock, j’ai évolué vers le Metal, je me suis intéressé aux influences des artistes que j’appréciais… Toujours une démarche d’ouverture, de curiosité. Je n’aime pas la fermeture d’esprit, je trouve ça petit et révélateur d’un esprit limité…

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Napharion : Toi qui fais donc partie des « anciens » avec une bonne dose d’éclectisme, le Metal dit « Moderne » ça te parle ?

Amduscias : Oui, ça peut. J’aime peu de choses, mais je n’aime pas non plus l’idée de rester bloqué en 94. J’essaie de rester curieux, de ne pas rejeter tout en bloc comme j’en vois le faire. Après bien sûr si tu me parles de Metalcore je t’en colle une héhéhé… Mais j’aime bien certaines choses. On en parlait l’autre jour avec des potes et fatalement on s’est engueulés, l’un d’entre nous étant le pire traditionaliste qui soit en matière de Metal haha… Ça finit tellement toujours comme ça. Mais la plupart des disques que j’écoute sont des disques maintenant assez anciens, j’en reviens toujours à mes classiques, Darkthrone, Mayhem, ou Metallica, Slayer, Iron Maiden… Je n’y peux rien. Je jette un coup d’œil à ma CDthèque et en effet je dois bien avouer que je n’ai rien de vraiment moderne hahaha… J’aime bien un groupe comme Animals As Leaders, qui fait du Steve Vai réactualisé pour 8 cordes avec des rythmiques à la Meshuggah, j’aime bien les deux premiers albums de Chimaira, mais ça s’arrête un peu là. Ce qui me rebute c’est ce recours à la production moderne, au son clinique, stérile, aux batteries samplées, aux sempiternelles voix mélodiques mielleuses débiles sur les refrains… La première démo de Amon/Deicide « Feasting The Beast » sera toujours infiniment supérieure à n’importe quel groupe de Death Metal d’aujourd’hui. C’est mal enregistré, pas très bien exécuté, mais c’est joué avec les tripes, et ça dégage tellement plus de feeling que les espèces de groupes de Death Metal standardisés, stériles et inoffensifs d’aujourd’hui… Elle est bien propre, leur mort, alors qu’en réalité c’est toujours dégueulasse. Le Metal doit être ça. Dangereux, dégueulasse, repoussant, offensif, sinon ça perd toute sa raison d’être.

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Napharion : Pour changer de registre, parlons un peu de cinéma. Tu es plutôt B movies, X, Z, mainstream…. Quelles sont tes références en matière de 7e Art ?

Amduscias : J’adore Kubrick. J’ai un truc avec 2001 L’Odyssée de l’Espace, je le regarde encore régulièrement. À vrai dire je n’ai pas une grande culture cinématographique, je ne m’y suis mis qu’il y a quelques années, avant c’était vraiment musique à 100 % hormis des très grands classiques.

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Napharion : Et puisqu’on y est : tu es buveur de bière ? Si oui, quel est ton top 5 en matière de bière ?

Amduscias : Pour des raisons de santé, j’ai dû calmer mes ardeurs sur la boisson, mais j’aime bien la Maredsous.

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Napharion : Un petit mot sur Conviction ton projet Dooooooooommmmmmm ?

Amduscias : J’ai assez peu de temps à y consacrer, Temple Of Baal me prend une énorme part de ma vie, et je suis également en train de travailler sur le prochain album de Bran Barr, le projet de Metal Celtique auquel j’appartiens et que j’ai rejoint après de nombreuses années de stand by. Ça va permettre de remettre les pendules à l’heure en matière de Folk Metal parce que depuis que c’est la mode, ce style est vraiment tourné en ridicule par des groupes de merde, 98 % de cette scène est à brûler.
Conviction, quand à lui, va bien ressortir à un moment ou un autre. C’est du Doom tout ce qu’il y a de plus traditionnel, entre le premier Cathedral, Pentagram, Saint Vitus et Count Raven… La démo que j’avais enregistrée en 2009 est toujours dispo sur bandcamp.

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Melmothia : Merci d’avoir répondu à nos questions, Amduscias. Un dernier message à nous livrer ?

Amduscias : Merci à vous deux pour cette interview aussi longue que passionnante, ce fut un vrai plaisir. Nous allons communiquer d’ici quelques semaines des nouvelles dates de concerts, vous pouvez nous suivre sur facebook ou twitter, que j’alimente régulièrement en actualités. À bientôt.

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© by Photophobia Art 2015.
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2 commentaires sur “Entrevue avec Amduscias (Temple of Baal)”

  1. Super interview, moi qui suis intéressé par l’aspect ésotérique des textes de certains groupes laissant planer le mystère, une petite précision sur le niveau d’interprétation à prendre et l’angle de vue occulte à utiliser en fonction des convictions de son auteur est toujours un petit plaisir bonus, merci à vous !

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