Lam, la tête au TOTO - Première partie | Rat Holes 8

Lam, la tête au TOTO – Première partie

« Mon observation de l’univers m’a donné la certitude qu’il existait des êtres d’une intelligence et d’une puissance d’une qualité incomparable à tout ce que l’humain pouvait concevoir… Et qu’il n’existe qu’une seule et unique opportunité pour que l’humanité puisse progresser d’un seul bloc : entrer en contact avec ces êtres » – Aleister Crowley, 1944.

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Le dessin aujourd’hui connu comme « le portrait de Lam » fut rendu public pour la première en 1919, lors d’une exposition intitulée « Dead Souls » qu’Aleister Crowley effectua à Greenwich Village, à New York. La même année, il fut inséré en guise de frontispice au commentaire que le mage effectua du texte de Blavatsky “La Voix du Silence”, pour sa revue The Equinox. Sous l’image, intitulée « La Voie », se trouvait l’inscription suivante :

« Lam est le terme tibétain pour chemin ou voie, et Lama qui est Celui Qui Va – le titre spécifique des Dieux de l’Égypte, le Passeur sur le Sentier, dans la phraséologie bouddhique. Sa valeur numérique est 71, c’est-à-dire le nombre de ce livre » [1].

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Fac-similé de la page de The Equinox

Selon ses dires, Kenneth Grant serait tombé en 1945 sur le dessin, en rangeant les affaires de Crowley qui se serait alors proposé de lui offrir s’il découvrait ce que l’image représentait. L’élève se serait exclamé « une entité extraterrestre ! » et aurait remporté le panier garni. Une autre version de l’histoire nous dit que Crowley aurait offert le portrait à son disciple pour le remercier de l’avoir assisté alors qu’il était malade.

Quoi qu’il se soit réellement passé, Grant garda précieusement le tableau et, trente ans plus tard, en publia une reproduction dans son premier ouvrage, The Magical Revival (1972). Désormais, l’entité à grosse tête hérite d’un nom inspiré du commentaire de The Equinox. Il s’appellera « Lam » et sera présenté par Grant comme une

« entité extraterrestre avec laquelle Crowley serait entré en contact sur le plan astral en 1919 ».

De ce que Crowley aurait lui-même pensé de la nature ‘extraterrestre’ de son modèle, nous ne saurons jamais rien, la Grande Bête ne s’étant exprimé sur le sujet « Lam » que dans la courte glose de The Equinox citée plus haut. Mais qu’à cela ne tienne, d’autres veilleront à remplir les blancs. On apprendra ainsi, grâce à Grant, que l’entité Lam est apparue à Crowley durant l’œuvre d’Amalantrah. Et même si le mage n’y fait aucune mention dans son compte-rendu, cette extrapolation semble être devenue un passage obligé pour la plupart des commentateurs ultérieurs ; ainsi, pour le typhonien Michael Staley : « il est certain… que ce dessin est né de l’oeuvre d’Amalantrah et il est devenu évident que Lam est en réalité une entité transdimensionnelle ou entité extraterrestre, avec laquelle plusieurs groupes de magiciens ont établi le contact » [2]. Par la suite, Lam s’enrichira, toujours sous la plume de Grant d’un folklore bigarré, passant de thélème à Lovecraft, s’offrant un détour par l’eon de Maat, pour atterrir chez Michael Staley à pieds joints dans la Kundalini indienne.

Nous allons donc nous appliquer à examiner, dans les pages qui suivent, les étonnantes tribulations d’une tête d’oeuf.

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L’Œuvre d’Amalantrah

De janvier à juin 1918, c’est-à-dire un an avant la parution du dessin dans The Equinox, Aleister Crowley entreprit une série de rituels connus sous le nom d’« Amalantrah’s working » [3], du nom de l’une des entités avec lesquelles il raconta être alors entré en contact. Ces rituels consistaient essentiellement en un cocktail de magie sexuelle et cérémonielle ayant pour but la matérialisation physique d’entités par le biais d’un portail. Concrètement, ils aboutirent à une série de visions et de révélations que Crowley obtint par sa petite amie et médium de l’époque, Roddie Minor. Les ambitions furent donc revues à la baisse. Sauf si l’on en croit Grant cependant, car c’est le moment qu’aurait choisi l’« entité interdimensionnelle » « Lam » pour se présenter au portail.

De cette supposée manifestation, Crowley ne dit pas un mot dans son compte-rendu de 80 pages – pas plus que dans le reste de son œuvre. Il est vrai que pour une raison inconnue, le texte s’arrête prématurément le 16 juin, impossible donc d’avoir connaissance ce qui s’est passé ensuite. Il est cependant difficile de croire que Crowley ait pu omettre un phénomène tel que la matérialisation physique d’une entité. Mais ce détail n’arrête pas Grant. Comme Crowley, dans le compte-rendu de l’œuvre d’Amalantrah [3] fait à plusieurs reprises mention d’un œuf et que le personnage du portrait a vaguement une tête d’œuf, c’est par ce bout que se fera d’abord l’amalgame :

Œuvre d’Amalantrah, 14 janvier 1918 :

« J’ai commencé par demander à une vision contenant un message. J’ai d’abord entendu le gargouillis de l’eau et vu une ferme aux murs sombres entourée d’arbres et de champs verdoyants. La maison et le reste ont disparu remplacés par un yoni noir. J’ai alors demandé d’où viendra le message ? Immédiatement des soldats armés de fusils sont apparus alentour ainsi qu’un roi sur un trône à l’endroit où se trouvait la maison. J’ai demandé de nouveau un message et j’ai vu un œuf couvert de très nombreuses circonvolutions minuscules faites d’une substance semblable à de la chair, qui pourraient former quelque chose. L’œuf se trouvait dans un rectangle comme une image encadrée ».

14 janvier 1918 :

« Le magicien [NDT: Amalantrah] semblait très satisfait. Il s’assit et tendit la main vers moi pour me faire asseoir à côté de lui. Comme nous regardions le garçon, il a mis tendrement son bras gauche autour de moi et placé ma tête sur le côté gauche de sa poitrine, près de l’épaule.

Il a dit : ‘Tout est dans l’œuf.’

La fin. »

3 Février 1918 :

« Sur le sommet (du pylône) où était l’œuf, un flambeau apparut. Au dessus du flambeau, se trouvait une lumière particulière. Dans cette lumière, je vis un oiseau avec une tête particulièrement grosse et de tout petits yeux. Il y avait également un matériau étrange, comme un tissu drapé. C’était quelque chose de semblable à du métal ouvragé pour fabriquer des objets décoratifs, tels que des miroirs décorés, etc., etc., et enfin comme les circonvolutions dans l’œuf. […] Je vois l’œuf sur le pylône. Je demande qui appartient à l’œuf. L’assistant me montre une poule pondant un œuf et écrit « de quoi est-ce un œuf ? » […] Nous sommes allés en Égypte pour trouver la clé. La solution pourrait se trouver à l’intérieur de l’œuf une fois brisé. Il s’agit d’une petite clef d’or. »

24 février 1918 :

« Nous descendons de la montagne dans les bois. Je vois une corbeille à fruits, un panier pour mettre des tomates, de la paille dans le panier et un œuf dans la paille.

T. : ‘il faut travailler pour l’œuf.’ »

20 avril 1918 :

« Vision d’une très belle cloche – une cloche de mariage – qui se transforme en fœtus. Couronne. La tête du fœtus se transforme en œuf, s’élève puis se dépose sur une fleur de lotus. »

27 avril 1918 :

« T : ‘Quel est le travail de ce week-end ?’

A : ‘Geburah.’

T : ‘Geburah appliquée à quoi ?’

A : ‘L’œuf. L’oeuf est posé sur le sommet d’une montagne très pointue. De l’eau autour, des fleurs de lotus dessus’.

T : ‘L’œuf est le symbole de nouvelles connaissances, n’est-ce pas ?’

A : ‘Gimel. Lamed’ (= Source, fontaine)

T : ‘Qu’est-ce que cela veut dire ?’

A : ‘Je ne sais pas ; suivi du symbole d’une montagne et d’une fleur de lotus.’

T : ‘Comment peut-on ouvrir l’œuf ?’

A : ‘En langage clair, cela signifie que tu vas emprunter cette voie’.

** L’initiale A. renvoie à Roddie Minor (Soror Ahitha) et le T. à Aleister Crowley (Maître Thérion).

Quelques années plus tard, on peut lire dans l’introduction de « La Déclaration de Lam » signée Michael Staley :

« Crowley n’a laissé aucune indication sur l’origine de ce portrait, mais il a souligné des années plus tard qu’il s’était inspiré de faits vécus. Il est certain, cependant, que le dessin vient de l’œuvre d’Amalantrah, une série de visions magiques et de communications reçues en 1918 par le biais de Roddie Minor. Cette œuvre constitua à bien des égards, la suite du travail d’Abuldiz effectué des années plus tôt. Dans ces deux œuvres, le symbolisme de l’œuf figure en bonne place. L’une des visions du Groupe de travail d’Amalantrah se clôt par la phrase « Tout est dans l’œuf ». Lors des dernières phases conservées de ce travail, en réponse à une question sur l’œuf il fut dit à Crowley : « tu vas aller dans cette voie ».

En examinant le portrait, on peut voir les connexions. La tête de Lam est en forme d’œuf et bien entendu le dessin est intitulé la Voie. Dans les traits du visage peut être clairement distingué un ankh stylisé, symbole égyptien pour ‘aller’ ; point intéressant : ankh peut être transcrit en hébreu par aleph kaph noun, 71. Le thème principal de « La Voix du silence », clairement mis en évidence par Crowley, est la nécessité d’établir un contact avec le Soi Silencieux. L’autonomie correspond au Petit Soi, la conscience phallique, Harpocrate, Hadit ; le thème traverse une grande partie des écrits Crowley. Il est à noter dans ce contexte que ‘Alil’, ‘l’image du Néant et du Silence’ vaut 71 » [4].

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Plan 93 From outer Space [5]

« Lam est un Grand Ancien dont l’archétype se retrouve dans les comptes-rendus des témoins d’apparitions d’OVNI » – Kenneth Grant

Toujours sous l’influence de Grant, chez les pratiquants ultérieurs à Crowley, l’entité aura tendance à la démultiplication :

« Il est intéressant de noter que depuis Crowley, du point de vue occulte du moins, Lam est considéré comme une classe d’entités plutôt que comme un individu. Quand on invoque Lam, on invoque une entité de ce type, plutôt qu’un être spécifique. Pour les occultistes opérant dans la lignée de l’O.T.O., l’idée est d’invoquer ces entités « Lam » par le biais de portails magiques (des brèches intentionnellement créées dans le temps et l’espace) pour obtenir des manifestations physiques sur la Planète Terre. Pourquoi cela est-il tellement souhaitable n’est pas toujours clairement énoncé (il semble que, dans les cercles Crowleyiens la règle soit : ‘Si Crowley l’a fait, alors je veux le faire aussi’) » [6].

Or, cette idée d’une fratrie entière d’entités à grosse tête peuplant une autre dimension va inciter, dans les années 80, les ufologues à s’intéresser le tableau de Crowley. Pourquoi ? Allez je vous mets sur la voie :

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Images extraites du site de Daniel Boudillon.

Le mythe des « petits gris » pourrait trouver son origine dans un roman d’H.G. Wells The First Men in the Moon, paru en 1901, dans lequel les « Sélénites », les habitants de la lune, sont décrits comme ayant une vague forme d’insectes, la peau grise, de grosses têtes et de larges yeux noirs. Cependant, la première fois où des extraterrestres de petite taille et de couleur grise sont mentionnés par des témoins d’apparition d’OVNI a lieu en 1961 ; il s’agit également du premier cas d’abduction : l’affaire Betty et Barney Hill. Sous hypnose, Barney Hill dessinera ses agresseurs sous cette forme :

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Image extraite du site NICAP.

Par la suite, dans les années 80, les publications traitant du crash de Roswell, la fameuse vidéo de dissection, et surtout la parution du best-seller de Whitley Strieber Communion, vont relancer la mode des petits gris et attirer sérieusement l’attention sur le portrait de Lam.

À la même période, Grant aurait reçu certains « messages » allant dans ce sens. Selon lui, le portrait pourrait être utilisé pour contacter l’énergie extraterrestre initialement invoquée en 1918 par Crowley durant l’œuvre d’Amalantrah :

« Lam est un Grand Ancien dont l’archétype se retrouve dans les comptes-rendus des témoins d’apparitions d’ovni ». Ailleurs, il écrit : « Crowley savait qu’il était possible d’ouvrir les portes spatiales et de faire pénétrer un courant extraterrestre dans le flux de la vie humaine… C’est une tradition occulte – et Lovecraft l’a exprimé de façon insistante dans ses écrits – que de penser que certaines puissances transfinies et surhumaines sont en train d’adapter leurs forces dans l’intention d’envahir et de prendre possession de notre planète… Cela rejoint les nombreux écrits pessimistes de Charles Fort concernant une société secrète sur terre qui serait déjà en contact avec des êtres cosmiques et, peut-être, occupée à préparer la voie à leur avènement. Mais Crowley dissipe l’aura maléfique que ces auteurs (Lovecraft et Fort) confèrent au phénomène. Il préfère l’interpréter en termes thélémites, non comme une attaque contre la conscience humaine, mais comme le désir d’embrasser d’autres étoiles pour mêler leurs énergies à un système qui sera ainsi enrichi et rendu véritablement cosmique par le processus… » [7]

Cette deuxième couche spéculative va occasionner une nouvelle lecture de l’œuvre d’Amalantrah qui fera la joie des ufologues : c’est précisément ce travail magique qui aurait ouvert une brèche spatio-temporelle permettant le débarquement des extraterrestres dans notre biosphère :

« Il est généralement admis dans les cercles occultes que Crowley a intentionnellement ouvert un portail au moyen de rituels magiques lors de l’œuvre d’Amalantrah qui a fourni à Lam et d’autres entités similaires, un passage vers la terre. La brèche « dans les espaces entre les étoiles » créée par le Groupe de travail Amalantrah aurait généré une passerelle par laquelle Lam et d’autres influences extra-cosmiques pourraient pénétrer l’univers connu, et plus particulièrement, notre terre. Selon les occultistes concernés, le portail a depuis lors été élargi » [8].

L’œuvre de Babalon effectuée par Jack Parsons aurait également joué un rôle dans cette brèche : soit en créant, soit en élargissant le portail généré durant l’œuvre d’Amalantrah. Pour preuve, les tenants de cette hypothèse soulignent que la première apparition d’ovnis eut lieu un an plus tard, le 24 juin 1947 – les fameuses « soucoupes volantes » de Kenneth Arnold. Désormais, « L’idée qu’Aleister Crowley était responsable de l’arrivée des extraterrestres de type ‘gris’ dans notre monde continue de se répandre dans la blogosphère comme un même particulièrement virulent » [9]. Voilà, par exemple, le genre de choses qu’on peut lire sur le net :

« Jack Parsons, un ingénieur ayant notamment participé à l’invention d’un carburant pour fusée (outre ses intérêts pour l’occulte), a effectué sa grande œuvre de Babalon en 1946 (un an avant la mort d’Aleister Crowley), avec sa seconde épouse Cameron. Opérant dans la continuité de l’œuvre d’Amalantrah de Crowley, il radicalement élargi le Portail par lequel LAM et d’autres influences extraterrestres peuvent désormais entrer dans notre univers terrestre.

L’observation historique de Kenneth Arnold et sa description des neuf objets volant en formation, ressemblant à des ‘soucoupes volantes’, exactement un an et demi après les rituels de Jack Parson, ouvrit l’ère moderne des ovnis tels que nous les connaissons aujourd’hui » [10].

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Image extraite du site UfoDigest.

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Lam dans l’œuvre de Kenneth Grant

« Une telle prolixité procédant d’une simple ébauche un peu bizarre constitue à coup sûr une étonnante leçon sur le fait qu’il ne faut jamais laisser traîner ses dessins moches ou, si on le fait, qu’il faut s’assurer qu’ils atterriront entre les mains de Kenneth Grant – qui, lui, trouvera bien quelque chose à en faire » – Hermann Skelder.

Revenons au principal artisan du mythe. Dans les années 50, Kenneth Grant regardait déjà vers les étoiles. C’est même la raison principale de sa mise à la porte de l’OTO. En 1955, il annonce dans un communiqué la découverte d’une planète transplutonienne appelée Isis et fonde la New-Isis Lodge, ce qui déplaît profondément à Karl Germer. Éjecté de l’OTO, Grant s’en va fonder le TOTO (Typhonian Ordo Templi Orientis) auquel le culte de Lam sera ultérieurement intégré.

A noter qu’ultérieurement n’est pas un faible mot : trente années se sont déjà écoulées entre la publication de The Equinox 3,1 et la mention par Kenneth Grant de la « nature extra-terrestre de Lam ». Il en faudra encore autant que pour que soit élaboré et théorisé un « culte de Lam » à proprement parler. Pourquoi autant de temps entre la première révélation (rappelons que Grant se serait écrié en 1945 que le portrait était celui d’un extra-terrestre) et ces développements ? Eh bien, l’histoire ne le dit pas. Toujours est-il qu’on trouve beaucoup plus de matériel sur Lam dans les ouvrages récents de Grant qui s’en justifiera en marmonnant que ça prend du temps ces choses-là, et que l’exploration est toujours en cours. Plus tard, il dira avoir reçu « un signe très fort » justifiant la mise en place du culte.

Après trente ans d’absence, le dessin de Crowley réapparaît donc dans le premier ouvrage de Grant, The Magickal Revival, paru en 1972. Aucun commentaire n’accompagne l’illustration hormis cette légende :

« Lam, une intelligence extra-terrestre avec laquelle Crowley fut en contact astral en 1919. Ce dessin de Crowley apparut dans une exposition à Greenwich Village, New York, la même année ».

Trois ans plus tard, dans Cults of the Shadow (1974), il est fait, de nouveau, allusion au portrait, mais sa signification reste encore flottante. Lam pourrait être, selon Grant :

« un portrait d’Aiwass ou bien une représentation du Petit soi élémental symbolisé par le phallus ou encore la tête d’un spermatozoïde renvoyant à Hadit (la Volonté) dans le symbolisme thélémite ».

Dans le même ouvrage, est cité un extrait d’un courrier de Michael Bertiaux. Pour la première fois, d’autres personnes que Crowley et Grant sont concernées par l’entité Lam. Selon Grant, Bertiaux lui aurait écrit :

« Sans aucun doute, cette entité [NDT : Lam] est la même que celle avec laquelle a travaillé Lucien-François Jean Maine… Lorsque ce dernier a organisé le travail de La Couleuvre Noire dans les années 20. C’est alors que la théorie des « Points Chauds » [NDT : en français dans le texte] a pris une tournure nettement tantrique et chamanique et que le terme « Les Siddhis » fut employé pour désigner une étape de développement de ces Points chauds telle que la lycanthropie, etc. Cet être, Lam, possède assurément un système magique intéressant et entend que nous l’utilisions. Et il est dans mon intention d’en donner un aperçu ».

On notera qu’à aucun moment Bertiaux ne dit avoir lui-même travaillé avec Lam. Puis, en note de bas de page, est ajoutée cette précision :

« Plus récemment, certains adeptes de l’OTO à New York, dirigé par Soror Tanith, ont contacté cette entité ».

Des informations sur lesquelles Grant revient dans Nightside of Eden, en 1977. Cette fois, Bertiaux devient un adepte de l’entité à tête d’oeuf. Après avoir traité du symbolisme de la « tour du silence » dans différents systèmes, Grant enchaîne :

« Un autre groupe d’adeptes résidant à New York, dirigé par Soror Tanith de l’OTO, a également reçu des symboles identiques dont les principaux sont la Tour du Silence et l’abeille de Sekhet. La transmission à Soror Tanith a été effectuée par une entité extra-terrestre connue sous le nom de LAM qui avait été précédemment contactée par Crowley en 1919. Le dirigeant du Culte du serpent noir, Michael Bertiaux, a également été contacté par Lam, lors de son travail dans le courant tibétain Bon-Pa, dans les années soixante. Dans toutes ces invocations et travaux magiques, le symbolisme évoqué ci-dessus a été dominant, ce qui suggère qu’en trois lieux (à savoir l’Ohio, New York et Chicago) se trouve une énergie occulte identique, entité ou courant, dont les vibrations rayonnent en harmonie avec les symboles de Mu ou Maât, c’est-à-dire de l’éon à venir ».

Par la suite, cette idée que Bertiaux (et d’autres) aurait contacté Lam au cours de rituels dans les années 60, c’est-à-dire bien avant que Grant ait lié ces deux éléments dans ses propres écrits, se retrouvera chez la grande majorité des commentateurs. Si l’on en croit les informations que l’on trouve sur le Web, Bertiaux aurait réédité l’œuvre d’Amalantrah et conclu que Lam était « une manifestation souterraine de la Gnose Luciférienne ». J’ai cependant échoué à trouver la source de ces informations. Or, dans les années 60, si l’on en croit sa biographie, Bertiaux était plutôt occupé à égorger des poulets en Haïti avant de fonder à Chicago son Église gnostique néo-pythagoricienne, mélange de vaudou et de martinisme. Aurait-il libéré un week-end pour contacter les galaxies lointaines… ?

Enfin, dans le glossaire, Grant enfonce une nouvelle fois le clou en définissant Lam comme :

« Une entité extra-terrestre avec laquelle Crowley est entré en contact vers 1919 et qui, par ailleurs, ces dernières années a été contacté par Soror Tanith de l’OTO, et par Michael Bertiaux du Culte du serpent noir. Une reproduction du portrait de Lam de Crowley se trouve dans The Magical Revival ».

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Image extraite de Outside The Circles of Time, sous-titrée : Portrait de Lam par Aleister Crowley (autel avec statuettes et sceaux des Grands Anciens, ainsi que la dague magique utilisée par Crowley dans son invocation de Choronzon en 1909)

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Nous arrivons à présent dans les années 80, époque où l’entité Lam gagne en consistance. Outside The circles of Time (1980) est le premier ouvrage dans lequel Grant en développe abondamment la mythologie. Il continuera de le faire dans Hecate’s Fountain (1992), Outer Gateways (1994) et The Ninth Arch (2002). C’est également l’époque où, grâce à sa logique très personnelle, les choses se compliquent nettement, ou, pour le dire autrement, le melting pot de guématrie sauvage, rapprochements pittoresques et métaphores échevelées confine au festival. Il devient dès lors acrobatique de suivre les tribulations de Lam. Ainsi, Le texte ‘channelé’ Wisdom of S’lba présenté dans Outer Gateways comporte une brève allusion à Lam en 140.39 :

« Ceci est le premier et dernier tourbillon avant l’arrivée de l’œuf-Lam ».

Grant développe cette association dans le chapitre suivant, « The mystical Gnosis of S’lba », en expliquant que le nombre de S’lba, si on prend la peine de l’écrire avec un samekh, est 93, qui est aussi le nombre d’UWAISI (Aiwass) un terme arabe signifiant « initiation ». C’est également le nombre de KANAKA, un dieu polynésien impliquant dans son culte des rites sexuels donnant naissance à des mutants semblables aux « profonds » lovecraftiens… qui finiront d’ailleurs par retourner à l’océan pour rejoindre le grand Cthulhu dans les abysses. Le nombre 93 est enfin celui de MGN, Magonia, la source des Maskim qui, selon le Necronomicon, « attendent aux limites du monde ». Les Maskim qui sont les Qliphoth des zones de pouvoir planétaires, sont reliés au Lama de Lêng (LAM) par le nombre 171 qui renvoie à l’invocation d’entités extraterrestres par le biais de rituels de magie sexuelle.

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À défaut de pouvoir prétendre à l’exhaustivité ou à embrasser les subtilités de la pensée grantienne, nous allons donc devoir nous contenter de mettre en gras quelques éléments saillants :

Le rapprochement entre le portrait de Lam et l’œuvre d’Amalantrah étant depuis longtemps acquis pour Grant, il ne s’agit plus que d’en filer la symbolique. Nous savons donc que Lam est un œuf et qu’il est également « la voie » conformément à la glose de Crowley, ainsi que le dieu égyptien du silence Harpocratès. Lam se confond également peu un prou avec Aiwass dont l’auteur nous précise qu’il est lui-même une entité « extra-terrestre » : « La tête sans oreille et en forme d’œuf de Lam est l’un des masques d’Aiwass, le ministre, l’archange, ou le dieu du silence, Hoor-paar-Kraat » (extrait de Outer Gateways). Vers le milieu de l’ouvrage, Lam, tout en restant un « petit gris », sera présenté comme un dropa, une race extra-terrestre apparue dans la culture ufologique en 1962 suite à la supposée découverte de disques de pierre gravés dans une grotte à la frontière de la Chine et du Tibet. Dans The Ninth Arch, Lam deviendra « le chef des dropas ».

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Assiette de Loddaloff

L’une des sources de Grant sur le sujet semble être l’ouvrage de Robert Charroux, Le livre des maîtres du monde, paru en 1967, mélange d’ufologie, de théorie du complot, mêlant tous les vieux mythes de l’hyperborée, à Mu et l’Atlantide. C’est peut-être à cette eau que Grant puise le rapprochement entre Lam et la mythique Lémurie. Dans un chapitre intitulé « The Mahdyamaka & Crowley » de l’ouvrage Outer Gateways, nous apprenons en effet que Lam peut être rapproché du terme sanskrit, de même valeur, Anatta qui lui-même renvoie à Anatma. Anatma sera ensuite rapproché de Lamal, de valeur 102, qui selon Grant est un :

« palindrome exprimant le véritable culte de Lam en tant que transmetteur de AL ou LA (son négatif) par le biais de MA ».

L’auteur ajoute que :

« 102 est la valeur de Nu + Mu (56 + 46). Mu est un synonyme de Lémurie » et qu’il « est significatif que la montagne d’Arunachala dans le sud de l’Inde date de l’époque lémurienne ».

D’ailleurs :

« la forme védique d’Anatta, c’est-à-dire Anatma, vaut 493, la valeur de Zos Manas Zi Ba signifiant : ‘Rien se manifeste dans n’importe quelle forme’. Son autre valeur, 253, est celle de Al Hazred, le nom de l’arabe fou qui a transmis la gnose du Nécronomicon ».

De là, Lam glissera facilement vers les Grands Anciens :

« Le nombre de la Nuit, 466, est aussi le nombre de Hast, « la déesse qui garde la porte du ciel, la nuit » et de GLGLTh, « le crâne », symbole de la mort et du mystère de la traversée de l’existence à la non-existence. 180, l’un des nombres de Nox ou Nuit est un nombre de silence, et il y a une connexion avec Lam et l’Éon silencieux. Un autre nombre de Nuit est 116 (Nun=50, Vau=6, Samekh=60), MBOD signifiant à l’extérieur et, de Satalie, le vortex. 116 renvoie aussi à Kilena, l’Arbre de la Crucifixion, dans le culte Dogon et à une forme de de Golgotha (GLGLTh). 116 est 1 (aleph, le chemin de l’air) de moins que Lam 71 + Mu 46 et, selon le Nécronomicon, Lammu est le nom du premier jumeau né des Grands Anciens. Lam concentre la jumellité ou double courant [NDA : le double courant ophidien est représenté dans la gnose stellaire par Gemini, les Jumeaux et la lettre Zain, l’épée] et Mu représente les Profonds Lovecraftiens ou Ceux de l’Extérieur ».

Dans les pages suivantes, Lam devient le « Grand Lama » du culte de Zain. Puis celui du plateau de Lêng, tel que mis en scène dans les histoires de Lovecraft, à propos duquel Grant écrira notamment dans The Ninth Arch :

« Lam et Leng sont étymologiquement identiques dans les langues asiatiques. »

Lam, par ailleurs, serait le mot secret du Liber AL. Après avoir filé la parenté entre la racine Lam et les termes Lamala et Talam, dans Outside the Circles of Time, Grant écrit : « Selon AL.lII.2. :

« Il y a un mot inconnu ». Ce mot que nous supposons être Lam, est, comme nous l’avons déjà mentionné, le lien entre les Éons d’Horus et de Maât par l’intermédiaire des galaxies Sirius et Andromède ».

J’ai échoué à trouver à quel endroit Grant commençait à rapprocher l’entité Lam de cet Éon de Maât, mais à partir d’Outside the circles of time, c’est chose faite :

« Il est probable que le livre mystérieux de Blavatsky se réfère à l’Éon sans paroles, et il est certainement significatif que Crowley, lorsqu’il publie son commentaire sur la Voix du Silence, place en frontispice son portrait de Lam, Vie extra-terrestre et Intelligence suprahumaine, des traits particulièrement pertinents pour l’Éon de Maât ».

Plus loin, Grant affirme que :

« la présence de l’œuf prépare la manifestation de l’Éon de la Fille, l’éon de Maât ».

Plus loin encore :

« Lorsque Aiwass (418) est ajouté à Lam (71), le résultat numérique est 489 ; ce nombre a ajouté au Shin, la lettre du trident symbolique de Chozzar, donne 789, qui est le nombre de la prêtresse qui a été contactée par Lam à New York en 1974. Le nombre 300 (Aossic) lorsqu’il est ajouté à 418 (Aiwass), donne 718, qui est un nombre clé du Liber AL. Ainsi : Lam-Aiwass = 489 ; 489 + Set = 789 ; Ipsos + Aïwaz = 789 ; Aossic-Aiwass = 718. Nous avons déjà été noté que le nombre d’Ipsos (696) ajouté à 93 (Aïwaz), donne également 789.

Set ou Had est le cœur d’Abrahadabra, qui est la formule du Grand Œuvre de l’Éon d’Horus. Il est également le cœur de Andahadna, la formule et le nom de la prêtresse de Maât qui ont reçu la Révélation de l’Éon de Maât, qui, lorsque vibré au moyen du Courant 93 actuel, produit 789. Ainsi, les deux éons sont irrévocablement entrelacés ».

Puis dans Outer Gateways, Grant écrit :

« Lam est le haut Lama du culte de Zaïn, qui combine l’Ain (Ayin), l’œil de l’Espace et l’aile de l’œil volant d’Horus avec le Z du pouvoir du Serpent. Le nombre des dropas est 655 qui est également le nombre de Merti, les yeux de Maât ».

Cette association entre Lam et l’Éon de Maât sera de nouveau filée dans les ouvrages suivants, jusqu’à The Ninth Arch ou Grant écrit, en référant à l’œuvre d’Amalantrah :

« ‘Tout est dans l’œuf !’ (cad dans Lam). Et quel est ce ‘tout’ dans Lam ? L’éon de Maât ! ».

Quant au « double courant » évoqué plus haut, c’est bien entendu le courant Typhonien. Dans Outer Gateways, Lam aura même droit à son propre Tunnel de Set, en l’occurrence le 17ème :

« Quiconque a déjà lu attentivement des récits de rencontres avec des extra-terrestres a pu noter la grande fréquence des visions impliquant la couleur orange – le mélange de rouge et de jaune. Dans la symbolique Kala de l’occultisme, l’orange est associé au Tunnel 17, celui du double courant. Son éon magique, ou ange, est Zaïn symbolisé par l’épée ou le cimeterre. Les ovnis sont fréquemment décrits comme des formes ascendantes, lorsqu’ils ne le sont pas comme des œufs ou des ellipses. L’épée et l’œuf jouent un rôle dominant dans l’œuvre d’Amalantrah-Abuldiz de Crowley. Ce constat, et la présence de la couleur, ou Kala, associée à Zaïn et à l’Eon « sans parole », suggère le silence généralement associé aux apparitions d’ovnis ainsi que l’absence d’oreilles souvent notée par les contactés lors de leurs descriptions des extra-terrestres. ». Plus loin : « Lam est 71. Le reflet de 17 et le numéro tarotique de Zaïn, le chemin associé aux Jumeaux typiques du Double Courant, ainsi qu’avec l’épée qui est la signification du mot ‘Cherub’. […] Les Kalas associées au chemin de Zaïn sont de couleur orange (selon l’échelle du Roi) et mauve (selon l’échelle de la Reine) ».

Zamradiel

Sceau de Zamradiel, 17eme Tunnel de Set, Nightside of Eden.

Nous retrouvons donc les extra-terrestres, cette fois associés à Zaïn, à l’épée, au Tunnel 17, à la couleur orange, au silence et enfin, à l’œuf. La boucle est presque bouclée.

Mais le festival continue. Dans The Ninth Arch, l’entité Lam occupera une place de choix dans le texte ‘channelé’ Le Livre de l’Araignée (« The Book of the Spider », ou « OKBISh »), transitant du porche de l’église de Rennes le Château (!) sous sa forme « Lama de l’abominable plateau de Lêng », à « l’oiseau Qrixkuor », à « Mâ-atu, la maison de Lam », en passant par le « Feu de la Terre et de Lam », pour être finalement identifié à OKBI, l’araignée elle-même. Plus loin, on peut lire :

« il n’est pas anodin que 103 = Naacal, le langage primitif des prêtres de l’Himalaya, la langue de Lêng, la région dans laquelle Lam et les dropas ont atterri lorsqu’ils sont descendus sur terre et à partir de laquelle ils se sont répandus pour infiltrer l’atmosphère éthérique terrestre ».

Dans le glossaire du même ouvrage, qui constitue la production la plus récente de Grant, Lam est défini comme suit :

« Lam : Littéralement ‘la voie’, ‘le chemin’, ‘le tunnel’, ‘le passage’. Lam est aussi le nom d’une entité extra-terrestre qui a dirigé la seconde invasion de la terre depuis Sirius il y a environ 12.000 ans. Lam et les autres atterrirent sur le plateau de Lêng, au sud-est de la Chine, à la frontière du Tibet, mais furent exterminés par les terriens. Avec quelques survivants, Lam se rendit dans la Terre du Dragon (Bhoutan) où ils établirent leur culte en sécurité dans la montagne. Leurs descendants sont connus des bouddhistes sous l’appellation de Dropas ou Dzopas (variantes : Drukpas, Drugpas), ceux qui suivent la voie (lam) du dragon. Certains disent qu’ils viennent de l’étoile Gamma Draconis. Crowley a rencontré Lam durant un travail magique aux États-Unis en 1918 lorsqu’il interrompit une séance avec Amanlantrah pour converser avec l’entité. Il s’agit probablement de la première représentation d’après nature d’une intelligence suprahumaine ».

Pour finir, l’entité sera de plus en plus souvent présentée au sein de l’OTO Typhonien comme un HGA (Ange Gardien) ou un égrégore capable de manifester l’Higher Self du magicien, puis, comme nous le verrons dans la dernière partie de cet article, Michael Staley rebondira sur le bija Lam, traditionnellement associé au chakra Mulhadhara, pour ajouter une queue de serpent à la tête d’œuf du portrait de Crowley et en faire une représentation de la Kundalini.

*

Si vous vous sentez un peu perdus, ne vous inquiétez pas. Dans ses premiers ouvrages, de 1972 aux années 80, Grant explore sur le mode -rabout de ficelle l’univers des symboles occultes, ne reculant devant aucun amalgame pour nourrir son système. Yog Sotthoth y flirte avec Aiwass, les Illuminati dansent avec Horus, recrutant en chemin quelques dieux africains, Austin Spare, etc. Or, après 1980, les choses empirent. Il devient désormais impossible de démêler l’écheveau, malgré certaines constantes comme celles que nous avons relevées plus haut, et qui tendent à laisser penser que Grant, au moins, sait où il veut aller, ce qui est déjà pas mal.

Plusieurs hypothèses : soit Kenneth Grant écrit absolument n’importe quoi / soit Kenneth Grant écrit n’importe quoi et s’en fout puisque ses cocktails lui permettent de construire son propre système original et fonctionnel / soit Grant écrit n’importe quoi, mais à l’instar de ce qu’il pense de Lovecraft, son intuition confine au génie irrationnel. N’étant pas dans les secrets de Dieu (ni de Maât), je ne saurais me prononcer sur la valeur absolue de la pensée de Kenneth Grant, devant me contenter d’esquisser de grandes lignes thématiques et quelques hypothèses.

Par ailleurs, une telle frénésie, outre le romantisme pour ainsi dire fortéen qu’elle confère à l’œuvre, a cela de subjuguant, qu’elle fait voler en éclat les catégories de la pensée. Vient un point dans la mythologie de Lam, un point de grande confusion, où les entités surnaturelles, les extra-terrestres, les êtres de fictions, etc. sont présentés comme une grosse boule de chewing-gum participant de la même  altérité. Il est par exemple frappant de constater que le cloisonnement implicite que nous adoptons entre le Ciel où badinent les anges et les cieux très astronomiques où volent les soucoupes, n’a plus court. Ainsi que l’écrit Michael Staley dans la préface de la Déclaration de Lam :

« L’idée d’entités extra-terrestres semble causer des difficultés à certaines personnes, qui l’associent aux paysages sauvages de la science-fiction. Il y a cependant suffisamment de données sur cette question pour corroborer le vieux cliché voulant que la vérité dépasse en étrangeté la fiction […] Que ces visiteurs soient considérés comme venant d’un espace extra-atmosphérique, ou comme jaillissant des profondeurs d’un espace intérieur, ne renvoie ni à ici ni à là-bas. La dichotomie « intérieur » « extérieur » est purement conceptuelle, partant du principe dualiste que l’individu est en quelque sorte séparé du reste de l’univers, qui serait « là-bas ». Or, il n’existe rien, en réalité, en dehors de la conscience, qui est un continuum ».

Il est connu que pour pénétrer la surnature, il convient de chambouler le réel, tâche dans laquelle Grant, pour le moins, excelle. Peut-être serait-il donc intéressant de considérer que cette destruction et réécriture échevelées du réel participent de cette dynamique voulant qu’un autre point de vue soit toujours nécessaire à la pratique magique.

Traductions & rédaction commises par Melmothia, 2010.

*

Notes :

[1] « Figure 14. The Way.
 Lam is the Tibetan word for Way or Path, and Lama is He who Goeth,
the specific title of the Gods of Egipt, the Treader of the Path, 
in Buddhistic phraseology. Its numerical value is 71, the number of
this book »

L’image et son commentaire se trouvent dans le volume 3,1 de la revue The Equinox. L’article concerné porte le titre facile à retenir de « Liber LXXI, The Voice of The Silence, The Two Paths, The Seven Portals,by Helena Petrovna Blavatsky, 8°=3°, with a commentary by Frater O.M.7°=4 ». On le trouve en ligne à cette adresse.

[2] & [4] Michael Staley, introduction à « La Déclaration de Lam » de Kenneth Grant, Starfire, Vol. 1, No. 3. Disponible sur le site The Ordo Templi Orientis Phenomen.

[3] Version originale disponible en ligne : The Amalantrah Working [Liber XCVII], sur le site The Hermetic Library.

[4] & [6] « Aleister Crowley’s Lam & the Little Grey Men, A Striking Resemblance », par Daniel V. Boudillion, 2003.

[5] J’emprunte ce titre à un article de P.R. Koenig.

[7] Aleister Crowley and the Hidden God, Kenneth Grant, Editions Muller 1973.

[8] « Aleister Crowley’s Lam & the Little Grey Men, A Striking Resemblance », par Daniel V. Boudillion, 2003.

[9] « The LAM hypothesis », Graylien, 2007.

[10] « LAM : Aleister Crowley : Magick : Sex & Extra-Terrestrial Contact ».

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